
Face à la crise sociale qui secoue l’industrie taïwanaise du vélo, la Commission nationale des droits humains (NHRC) appelle les autorités et les entreprises à revoir leurs pratiques. Son communiqué, publié début octobre, sonne comme un électrochoc pour tout le secteur.
Dans sa déclaration officielle, la NHRC exhorte le gouvernement et les entreprises à renforcer la vigilance sur les conditions de travail, en particulier pour les ouvriers migrants. L’institution évoque des abus persistants — frais d’agence illégaux, confiscation de documents, horaires excessifs — et alerte sur un risque de dérive systémique. Son message dépasse le cadre juridique : il engage la crédibilité du “Made in Taiwan” sur la scène mondiale.
Le contexte explique l’urgence. Fin septembre, les États-Unis ont pris une mesure inédite en émettant un ordre de blocage des importations (Withhold Release Order, WRO) contre Giant, premier fabricant mondial de vélos, pour des soupçons de recours au travail forcé. Résultat : les livraisons vers le marché américain sont suspendues, exposant la fragilité sociale d’une filière qui pesait jusque-là des milliards à l’exportation.
Le signal américain a provoqué une onde de choc dans une industrie déjà sous observation depuis plusieurs mois. Des enquêtes internationales ont documenté des abus répétés : frais d’agence imposés aux travailleurs migrants, rétention de passeports, salaires insuffisants ou horaires déraisonnables. Ces pratiques, longtemps tolérées, apparaissent désormais incompatibles avec les exigences croissantes des marchés européens et américains en matière de responsabilité sociale.
Face à cette situation, les fabricants réagissent de manière contrastée. Giant multiplie les gages de transparence et sollicite le soutien diplomatique de Taipei, tandis que Merida instaure une politique “zéro frais” pour les travailleurs migrants, assortie d’un remboursement rétroactif inédit. Une approche qui transforme la contrainte en levier de compétitivité éthique et pourrait inspirer d’autres industriels du cycle.
Dans son communiqué, la NHRC dresse un constat sans détour : dans les secteurs manufacturier et de la construction, les violations du droit du travail restent fréquentes. L’institution appelle à la suppression des frais de recrutement, à la possibilité pour les travailleurs étrangers de changer plus librement d’employeur, et à la mise en place d’un système de contrôle clair, fondé sur des indicateurs de performance.
Le NHRC demande également au gouvernement de renforcer la formation des entreprises à la vigilance raisonnable — la “due diligence” appliquée aux droits humains — et d’actualiser le plan national lancé en 2020. L’objectif : inscrire la protection des travailleurs comme critère central de compétitivité internationale, à l’image des standards imposés par des clients européens tels que Decathlon.
Entre pression américaine, attentes européennes et volontarisme institutionnel, Taïwan se trouve à la croisée des chemins. Si les recommandations du NHRC sont suivies d’effets, l’industrie du vélo pourrait convertir cette crise en tremplin éthique — un tournant stratégique pour un pays qui ambitionne de faire du “Made in Taiwan” une référence mondiale en matière de respect des droits humains.
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