
L’écosystème de la mobilité urbaine en France traverse une période de turbulence systémique à l’approche des élections municipales de 2026. Alors que la demande citoyenne pour des alternatives à la voiture individuelle n’a jamais été aussi prégnante et documentée par une participation historique aux enquêtes de terrain, l’architecture institutionnelle, juridique et financière censée soutenir cette transition fait l’objet d’un démantèlement méthodique. Pire, les villes, déjà livrées à elles-mêmes depuis l’abandon du Plan Vélo (qui, pour rappel, concerne également les infrastructures piétonnes), vont (peut-être) bientôt pouvoir souffler financièrement, grâce à une législation plus permissive.
L’analyse croisée des données issues du Baromètre des Villes Cyclables 2025, des bilans de l’accidentalité routière, des coupes budgétaires nationales et des récentes offensives législatives révèle une profonde et cynique dissonance. D’un côté, les Français aiment et veulent marcher, pédaler ou rouler en trottinettes. De l’autre, le gouvernement fait la girouette, tantôt via des mesures écolos punitives, tantôt via des rétropédalages laxistes.
Et les Français n’ont pas le temps de suivre cette télénovela lassante dont ils sont les producteurs malgré eux.
L’automobile (qu’elle soit électrique ou non) est une conséquence d’un accès à la propriété devenu trop coûteux. Le cercle d’éloignement des métropoles s’est brutalement agrandi depuis 2020. Habiter plus loin, c’est dépendre d’une voire deux voitures. Mais cette dépendance est donc logiquement remise en cause.
L’un des enseignements les plus percutants de cette quatrième édition du baromètre est la translation géographique de la dynamique cyclable. Historiquement confinée aux hyper-centres des grandes métropoles, l’exigence d’infrastructures sécurisées s’est massivement déportée vers les communes de banlieue et les zones rurales ou semi-rurales. L’analyse des résultats démontre une progression moyenne de 6 % du « climat vélo » dans les petites villes. En 2025, pas moins de 174 petites communes supplémentaires ont atteint le seuil de qualification de l’enquête.
Dans un contexte inflationniste où le poids financier de la voiture individuelle asphyxie les ménages et le coût de renouvellement est impayable, le vélo à assistance électrique (VAE) comme les EDPM ne sont plus perçus comme des outils de loisir dominical ou des marqueurs identitaires urbains, mais comme une stricte nécessité de mobilité utilitaire. Même en territoires ruraux, les gens veulent une alternative crédible à la voiture. Et pour ce faire, il faut des infrastructures sécurisées, qui plus est sur des routes non éclairées et très accidentogènes.
L’année 2025 a été catastrophique sur le plan de la sécurité. Les accidents ont pour complices l’alcool, la drogue, le gaz hilarant, l’absence d’éclairage. À ceci s’ajoute un problème d’attention très lié à notre époque : les bouchons ennuient. Les gens n’aiment pas s’ennuyer. Les gens prennent leur smartphone.
Tandis que des maires adjoints prônent l’écologie punitive à la TV avant de rentrer à leur bureau en gros van diesel, les « vraies gens » sont les cobayes de solutions dangereusement burlesques :
Il est difficile de demander à des gens non concernés (beaucoup ont des chauffeurs) de considérer sérieusement la mobilité douce réclamée par le peuple.
Pourtant, nous tenions le bon bout. Les deux milliards d’euros du Plan Vélo (qui englobe poussettes et piétons) se sont transformés en 100 millions. Le coût des infrastructures de la seule ville de Strasbourg.
Résultat : plus de 400 communes avec des projets non commencés ou inachevés et des inégalités entre les villes ayant des besoins similaires. Il n’y a qu’à comparer Rennes à Clermont.
Un effet yoyo qui, comme pour la voiture électrique, perd les Français.
Si la coupe budgétaire assèche méthodiquement les collectivités volontaires, l’exécutif a ouvert un second front. Un projet de loi parallèle, présenté en Conseil des ministres le 11 février 2026 au fondement juridique de l’aménagement urbain. Les collectivités ne seront plus sous la pression imposée. Un moyen de les soulager de ne pas avoir à plus dépenser plutôt que de les aider financièrement à améliorer la vie locale.
De quoi faire briller la liste des mauvaises idées établie plus haut et endiguer la dynamique actuelle. Dommage.
Terminons avec ce petit point, un peu vicieux, certes, mais l’édito s’y prête. La RSE est un levier financier pour la création de projets vélos. De quoi motiver et soutenir de nouveaux acteurs qui veulent tous « sauver le monde » sur un tapis de billets.
Tant mieux. Personne ne travaille pour la gloire. Mais cette accumulation de solutions, cette abondance de marchés de micro-niches dans des niches inonde de désir les usagers demandeurs. Si le peuple réclame, il faut l’écouter !
Résultat : la demande d’infrastructures est forte.
Or, les élections municipales approchent à grands pas et vont déterminer qui s’occupera de votre commune les six prochaines années. Ce conseil municipal dont les décisions vous toucheront directement. Et c’est le moment de leur dire ce que vous voulez. De faire vos doléances. D’autant qu’il sera très facile de manifester votre mécontentement si les promesses ne sont pas tenues.
Et honnêtement, une solution qui vous permettra de ne pas arriver en retard sur votre lieu de travail, de transporter les bambins, de faire les courses, tout en augmentant votre espérance de vie et en réduisant votre budget voiture, en échange d’une fluidification du trafic urbain, ne peut pas être mauvaise.
Elle est même la clé (et l’une des dernières) pour gratter un peu de pouvoir d’achat, dans cette période où le statut économique est passé de « compliqué » à « rien ne va plus ».
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