AccueilVélo électriqueAi-je trahi la cause des cyclistes en portant un casque à vélo ?

Ai-je trahi la cause des cyclistes en portant un casque à vélo ?

J’ai commencé à pédaler sans les petites roues dès l’âge de 3 ans. J’adorais ça. C’était ma petite moto à moi, mon outil de liberté. Je roulais, cheveux au vent, moucherons dans les yeux et dans la bouche, tandis que le soleil se reflétait sur le cadre bleu de mon vélo de supermarché. Point de casque, point de gant, rien, nada, quechi, wallou. Nous avions une sorte de place gigantesque en bas des immeubles des années 70, œuvres d’architectes tournant au Jack Daniels et à la Gitane sans filtre.

Les années ont passé et le vélo a fait partie intégrante de ma vie, même lorsque le roller occupait mes journées de repos. Et excepté pour des situations extrêmes, comme la rampe ou certaines cascades idiotes, le casque n’était pas sur ma tête. Autre époque, autres mœurs et une totale ignorance d’un danger réel. Car en cas de chute, le trauma crânien ne m’aurait pas pardonné.

Bref, j’étais jeune, inconscient et con. Mais une chose était sûre, je savais que ce n’était pas malin et à aucun moment je ne dénigrais l’intérêt sécuritaire de cette protection du bulbe.

Alors comment en est-on rendu à militer contre l’obligation du port du casque en 2026 ?

Car ce sont bien les cyclistes, les écologistes, les vélotafeurs et les défenseurs des mobilités douces qui se mobilisent contre cette obligation.

Peut-être que le mot obligation titille. La contrainte, la répression ? Les partisans de la décroissance et de l’écologie punitive rechignent-ils à se voir imposer une règle, qui ne vise, pourtant, qu’à les protéger (et accessoirement, à soulager la société des soins parfois très lourds qui en découlent) ? Eh bien, pas vraiment. Enfin, ça compte sûrement, la répression n’est jamais bien perçue. Mais il y a autre chose.

Sur le plan strictement individuel et traumatique, le verdict scientifique est sans appel. La méta-analyse massive menée par Olivier & Creighton (2016), qui a passé au crible les données de 64 000 cyclistes accidentés, a sifflé la fin de la récréation sur l’efficacité du polystyrène : le port du casque réduit le risque de traumatisme crânien sévère de près de 70 %. C’est la ceinture de sécurité du cycliste : une barrière physique indispensable lorsque l’impact survient. Constat corroboré par le Bureau central des statistiques néerlandais (CBS) en avril 2025 qui a révélé que 60 % de ces décès sont liés à un traumatisme crânien et une forte majorité des victimes avaient plus de 60 ans. Au point que les Pays-Bas, connus pour la culture du vélo et d’une herbe bio relaxante, visent à une obligation du port du casque.

Pourtant, dès que l’on quitte la biomécanique pour la santé publique, l’équation se complique terriblement. C’est le paradoxe mis en lumière par les travaux de Dorothy Robinson (1996, 2006) sur les lois d’obligation en Australie. Ses études ont démontré que la contrainte législative a provoqué une chute vertigineuse de la pratique du vélo, anéantissant les bénéfices escomptés. La raison a été modélisée par le mathématicien Piet de Jong (2012), qui démontre que le danger réel ne vient pas de la chute, mais du canapé : les années de vie perdues par la sédentarité (maladies cardiovasculaires, diabète) surpassent largement les années de vie sauvées par le casque obligatoire. En voulant protéger les têtes, l’obligation fragilise les cœurs.

Et ça, ce fut également démontré par l’Institut néerlandais de recherche pour la sécurité routière qui estime qu’une obligation entraînerait une baisse de l’utilisation du vélo de 35 % à 60 %.

L’autre levier est plus… délicat. Selon Jacobsen (mais l’étude date de 2003), les taux d’accidents par distance parcourue diminuent à mesure que la part modale du vélo augmente.

Et c’est justement sur ce terrain comportemental que la science porte le coup de grâce aux idées reçues. Le sentiment de sécurité offert par le casque est parfois trompeur. L’étude du Dr Ian Walker (2007), qui a mesuré avec des capteurs ultra-précis la distance de dépassement des voitures, a révélé une réalité contre-intuitive : les automobilistes serrent de plus près (en moyenne 8,5 cm de moins) un cycliste casqué, perçu comme un usager « averti » et prévisible, alors qu’ils s’écartent davantage d’un cycliste tête nue, perçu comme vulnérable.

Mais l’argument massue est encore un cran au-dessus. L’obligation du casque permet à la législation (qui établit les lois) de ne plus faire d’effort pour créer des infrastructures adaptées. « C’est bon, le casque est obligatoire, plus besoin de s’occuper de pistes dédiées, d’infrastructures séparées et à nous les économies. » De tous les arguments, il est le plus significatif et le plus vicieux. Protégez-vous et nous cesserons de le faire. Ne vous protégez pas et ce sera de votre faute.

Foutu pour foutu, autant se protéger la caboche. Car ça peut sauver. Quant à déclarer que l’obligation du port du casque réduit la pratique du vélo, il faudrait le vérifier en 2026 en Europe.

Car si votre excuse, pour ne plus faire de vélo, est que l’on vous a obligé à mettre un casque, alors ce n’est pas ce casque le problème. Du moins, tant que cette obligation ne dispense pas de l’amélioration des infrastructures sécurisées qui, elles, sont le véritable levier de démocratisation du vélo.

Quant à moi, j’ai mûri et vieilli. Les cheveux se sont fait la malle et couvrir ce cuir dénudé d’un casque devient un argument de confort doublé d’un acte de pudeur.

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