
La start-up angevine VoltR sécurise 22 millions d’euros pour fabriquer des batteries neuves avec des cellules usagées, celles de nos vélos et trottinettes. Derrière ce tour de table, Decathlon et l’État mettent la main au portefeuille, et ce n’est pas tout à fait un hasard.
Les chiffres d’abord. Sur les 22 millions d’euros annoncés le 5 octobre, 16 millions arrivent en fonds propres, apportés par le fonds SPI 2, géré par Bpifrance pour le compte de l’État dans le cadre de France 2030, et par Decathlon Pulse, le bras investisseur du géant du sport. Les 6 millions restants sont des subventions du programme Première Usine. Objectif : doubler la surface de l’usine de Verrières-en-Anjou (Maine-et-Loire) et multiplier la production par six d’ici deux ans.
Le principe ? Une batterie de vélo qui ne tient plus la charge n’est pas forcément bonne pour la casse. VoltR la démonte, teste chaque cellule et s’appuie sur un algorithme maison pour prédire sa seconde vie, comme nous le détaillions dans notre article consacré à VoltR. Les cellules les plus homogènes sont réassemblées en batteries pour la micromobilité, l’outillage, la domotique ou l’éclairage urbain. Les autres filent au recyclage.
Attention à ne pas confondre avec le reconditionnement classique, proposé par des spécialistes comme Doctibike : lui glisse des cellules neuves dans votre vieille batterie. VoltR fait l’inverse, des cellules d’occasion dans un boîtier neuf. Une sorte de vide-grenier du lithium, mais avec bancs de test et chambres climatiques.
À lire aussiA Lyon, Decathlon contrôle et répare les batteries des vélos électriquesLe montage mérite aussi un œil critique. Une bonne part des fonds est publique, entre le fonds SPI de l’État et les 6 millions de subventions, sans que la répartition des 16 millions de fonds propres soit détaillée. Quant à Decathlon, il ne joue pas les mécènes : le groupe voit revenir des batteries usagées et consomme des batteries neuves pour ses vélos, trottinettes et équipements. Avoir un pied chez VoltR, c’est tenir les deux bouts de la chaîne.
Reste l’échelle. En quatre ans, VoltR revendique un peu plus de 20 000 batteries remises sur le marché, une goutte d’eau face aux centaines de milliers de vélos électriques vendus chaque année en France. Même multipliée par six, la production restera modeste. Et les cellules de votre vélo ne repartiront pas forcément dans un autre VAE : elles peuvent aussi descendre d’une marche, vers un luminaire ou un outil moins exigeant.
Le calendrier joue toutefois pour VoltR. À partir de 2027, le règlement européen impose que les batteries de vélos électriques soient remplaçables jusqu’à la cellule par un professionnel, et le passeport numérique facilitera leur diagnostic. Reste la question qui fâche : le cycliste acceptera-t-il un pack assemblé avec des cellules d’occasion ? Si la garantie suit, pourquoi pas. Après tout, on achète bien des vélos électriques d’occasion certifiés.
Source : communiqué de presse Bpi France
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