AccueilVélo électriqueJusqu'à 450 € d'impôts en moins pour un vélo cargo : la piste espagnole prend forme

Jusqu'à 450 € d'impôts en moins pour un vélo cargo : la piste espagnole prend forme

Femme sur un vélo cargo longtail rose avec deux enfants casqués a l'arriere, un homme suit en velo electrique
Le vélo cargo électrique s'impose comme alternative à la voiture pour les trajets familiaux du quotidien. Illustration Cleanrider / IA

L’association espagnole du cycle propose une déduction d’impôt de 15 % à l’achat d’un vélo, électrique ou cargo. Pendant ce temps, la France a effacé son bonus vélo national en février 2025. Match fiscal entre voisins.

Le 24 septembre, l’AMBE, l’association des marques et vélos d’Espagne, est venue défendre devant députés et sénateurs un paquet de mesures pour réformer la fiscalité du vélo. Le tout s’appuie sur une étude menée avec l’Institut d’Economia de Barcelona et l’Université de Barcelone.

Précision utile avant d’imaginer une révolution : ce sont des propositions, pas une loi votée. Rien n’est acquis à Madrid. Mais vues depuis Paris, où l’aide à l’achat d’un vélo électrique a disparu du paysage national, elles méritent qu’on s’y arrête.

Ce que l’Espagne met sur la table : 15 % de déduction, et le vélo traité comme une voiture

Le cœur du dispositif tient en une ligne : une déduction de 15 % sur l’impôt sur le revenu à l’achat d’un vélo, sur une base plafonnée à 1 000 € pour un modèle mécanique et 3 000 € pour un électrique ou un cargo. Soit jusqu’à 150 € et 450 € de gain réel. L’AMBE demande ce traitement « tel qu’il s’applique actuellement aux véhicules électriques ».

Le reste du paquet vise le même objectif : aligner le vélo sur la voiture. Statut de « vélo d’entreprise » exonéré jusqu’à 2 000 €, indemnité kilométrique défiscalisée à 0,26 €/km, TVA réduite sur l’achat, la location et la réparation (le Portugal l’applique à 6 % depuis 2023) et déduction de 50 % de la TVA pour les professionnels. L’idée n’est pas une prime ponctuelle, mais un cadre stable.

En France, le grand ménage : plus de bonus, un forfait qui ne finance pas le vélo

De ce côté-ci des Pyrénées, le mouvement va dans l’autre sens. Le bonus écologique vélo et la prime à la conversion ont été supprimés en février 2025. En 2026, un particulier qui achète un vélo électrique ne touche plus rien de l’État. Le bonus disparu pouvait pourtant atteindre 400 € selon les revenus et le type d’engin, partout sur le territoire.

Restent les aides des collectivités, aux barèmes très variables : deux voisins de communes différentes ne touchent plus la même somme pour le même vélo. Une loterie du code postal. Le forfait mobilités durables subsiste, jusqu’à 600 € par an exonérés (900 € cumulés avec un abonnement de transport), mais il dépend du bon vouloir de l’employeur et finance le trajet, pas l’achat. Or c’est bien le ticket d’entrée qui coince : 1 500 € pour un VAE sérieux, 3 000 à 4 000 € pour un cargo.

Faut-il copier l’Espagne ? Les limites d’une bonne idée

La déduction fiscale a un charme administratif certain : pas de guichet, pas de dossier à monter, pas d’enveloppe budgétaire à épuiser en trois mois. L’État ne débourse rien, il encaisse simplement un peu moins. Pour le contribuable, la mécanique est lisible et automatique.

Le défaut est tout aussi évident : un foyer non imposable ne déduit rien du tout. La mesure aiderait donc surtout ceux qui pouvaient déjà s’offrir le vélo. Pour tenir socialement, il faudrait un crédit d’impôt remboursable ou un versement direct. Au Royaume-Uni, les mécanismes passent davantage par l’employeur et ciblent mieux le vélo-cargo du dernier kilomètre. La France dispose d’outils comparables, moins universels et moins orientés cargo.

L’Espagne réfléchit à construire, la France a défait. Aucune des deux approches n’est parfaite, mais l’une envoie un signal aux ménages, l’autre un vide. Et la stabilité du signal compte souvent plus que son montant.

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