
Fitch Ratings maintient la notation de crédit d’Accell Group à CCC, signalant une fragilité financière persistante malgré les efforts de restructuration. Liquidité sous tension, dette élevée et marché difficile : le groupe doit encore prouver sa capacité à se stabiliser durablement.
Accell Group traverse une phase critique de son histoire. Malgré une restructuration organisationnelle engagée en 2025 et le désendettement partiel obtenu en 2024, l’agence de notation Fitch Ratings vient de confirmer la note CCC du fabricant européen de vélos électriques. Cette notation, synonyme de risque de défaut substantiel, reflète une situation qui reste fragile pour le propriétaire de marques comme Lapierre, Winora, Haibike ou Babboe.
La décision intervient alors que le groupe néerlandais multiplie les initiatives pour redresser la barre. Entre vente de l’usine turque, transformation du site d’Heerenveen en hub d’innovation et centralisation des fonctions support, le plan One Accell avance. Mais les analystes restent vigilants face à un marché du vélo électrique toujours atone et des contraintes financières qui pèsent lourd.
À lire aussiExclusif : William Perrier (Accell) dévoile sa stratégie produits, avec Lapierre et Winora en têtes d’afficheLa notation CCC attribuée par Fitch indique une possibilité réelle de défaut de paiement. Concrètement, cela signifie que le groupe présente un risque de crédit substantiel, avec des capacités limitées à honorer ses engagements financiers en cas de dégradation supplémentaire de sa situation. Cette évaluation prend en compte plusieurs facteurs : une liquidité tendue, un niveau d’endettement très élevé et des perspectives opérationnelles encore incertaines dans un secteur sous pression.
Cette notation n’est pas anodine pour le groupe qui a déjà connu des turbulences majeures. Le vol massif de pièces détachées pour 741 000 euros révélé fin 2025 illustre également les vulnérabilités opérationnelles auxquelles le groupe doit faire face. Fitch anticipe qu’Accell devra maintenir un solde de trésorerie minimum de 27,5 millions d’euros dès 2026, une exigence qui laisse peu de marge de manœuvre en cas de contretemps opérationnel.
Les prévisions de Fitch sont sans équivoque : le groupe devrait subir une baisse de revenus d’environ 15 % en 2025, suivie d’une nouvelle contraction de 9 % en 2026. Cette érosion s’explique principalement par des volumes de ventes en recul, partiellement compensés par une stratégie de prix moins agressive et un meilleur mix produit. Le cash-flow libre devrait rester négatif jusqu’à 30 millions d’euros par an, obligeant Accell à poursuivre les cessions d’actifs pour maintenir sa trésorerie à flot.
Le groupe a déjà levé environ 20 millions d’euros en 2025 via des désinvestissements, et prévoit de nouvelles ventes en 2026. La dette reste un fardeau colossal : malgré la restructuration financière, le ratio d’endettement devrait demeurer au-dessus de 20 fois l’EBITDA pendant plusieurs années. Un emprunt additionnel de 100 millions d’euros en dette senior sécurisée a certes renforcé la liquidité à court terme, mais il a également alourdi l’effet de levier global du groupe, limitant sa flexibilité financière.
À lire aussiEntretien exclusif avec William Perrier (Accell) : Lapierre en fer de lance d’un plan de reconquêteTous les indicateurs ne sont pas au rouge. Fitch reconnaît des améliorations opérationnelles notables : les marges brutes sont remontées à environ 15 % en 2025, contre des niveaux négatifs en 2023-2024, grâce à un meilleur mix produit et une réduction des promotions agressives. L’EBITDA, encore négatif en 2025, devrait atteindre le seuil de rentabilité en 2026 avant de progresser graduellement. La relance de la marque Babboe en France, Allemagne et Danemark constitue également un signal encourageant après la crise du rappel massif.
Le marché du vélo électrique reste néanmoins un environnement hostile. Fitch prévoit que les revenus ne repartiront à la hausse qu’à partir de 2027, avec une croissance modeste tirée par la reprise des volumes. La nomination de William Perrier à la tête de l’Europe du Sud s’inscrit dans cette stratégie de reconquête progressive. Mais face à une surcapacité sectorielle, une guerre des prix intense et des changements managériaux fréquents, le risque d’exécution reste élevé. La position forte du groupe sur le marché européen du vélo électrique et son portefeuille de marques reconnues constituent des atouts solides, à condition que la stabilisation financière se concrétise rapidement.
Le groupe dispose d’une fenêtre étroite pour transformer ses efforts en résultats tangibles. Les prochains trimestres détermineront si Accell parvient à conjuguer discipline financière, efficacité opérationnelle et reprise des ventes dans un marché qui tarde à redémarrer.
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