
Si on veut « faire changer les choses », il faut s’en donner les moyens. C’est ce que j’ai fait. Et après une campagne aux municipales comme tête de liste, j’ai compris que changer le « mindset » du peuple à propos des mobilités ne se fera pas sans piéger les personnes décisionnaires. Rien que ça !
Faire des infrastructures adaptées est le meilleur moyen de solliciter les mobilités douces (vélos, trottinettes, la marche). C’est une approche plus complexe qu’il n’y paraît, car l’objectif final est le gain de temps. Bref, faut des infras. Mais pour ça, il fallait prendre les entrepreneurs en otages.
La Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) et la Loi Climat ont collé le canon sur la tempe des boîtes avec des quotas stricts et des Plans de Mobilité Employeur obligatoires. Mais pour faire passer la pilule, il faut une carotte. C’est ainsi qu’est apparu le forfait mobilités durables ou les réductions d’impôt sur les sociétés. Forcément, tout ceci engendre la création d’entreprises intermédiaires et paf, ça fait des marchés juteux. La rentabilité ou la morale n’auraient jamais suffi ; c’est la loi qui a forcé le changement. Une loi toujours soumise à des intérêts politiques et dont les failles servent à l’intérêt individuel.
La carotte permet, par exemple, de réaliser des infrastructures qui ne sont pas gratuites.
Mais alors, pourquoi n’y en a-t-il pas plus ? Ça arrive.
Aussi, durant la campagne, des associations et journaux nous sollicitent sur nos programmes. C’est comme ça qu’une association nommée « Mieux se déplacer à bicyclette » nous (mon équipe et moi-même) a contactés avec des questions et, forcément, des doléances.
Dans cette situation, il y a deux possibilités : soit vous êtes en accord avec les demandes, car elles s’inscrivent dans votre stratégie politique et vous répondez par la positive. Soit ce n’est pas le cas, et vous bottez en touche. Vous ne dites jamais non.
Dans mon cas, une composante s’est ajoutée : j’aime le vélo, le vélotaf et cerise sur la chantilly, j’ai découvert lors de l’échange que j’avais déjà rencontré mon interlocuteur par le passé lors de la vente d’un de mes vélos. Le monde est petit. Pourtant, à part rendre l’échange plus agréable, ça n’est pas entré en ligne de compte. En effet, même si les demandes sont en accord avec votre philosophie personnelle, on s’en fiche.
Une fois au poste de maire (cela n’a pas été mon cas), vous êtes libre de suivre les demandes et de mettre en place les mesures nécessaires, si et seulement si, cela s’inscrit dans votre stratégie politique. Et c’est cette stratégie politique qui est la clé du changement.
Une fois les fesses posées dans le fauteuil de maire, deux nouveaux murs se dressent : votre parti et notre bon vieux millefeuille territorial.
D’abord, la discipline de parti. L’article 27 de la Constitution a beau clamer fièrement que « tout mandat impératif est nul », la réalité est tout autre. Les états-majors tiennent les maires par les élections sénatoriales, où l’élu local devient un très stratégique « grand électeur ». Un maire frondeur risque de finir très, très isolé.
Ensuite, le boss final : l’intercommunalité. C’est le nœud gordien de l’action publique. Tracer une vraie piste cyclable sans interruption, ça relève de la science-fiction parce que la compétence atterrit souvent entre les mains de l’EPCI (Établissement Public de Coopération Intercommunale). Traversez trois communes, et il faut aligner les budgets intercos tout en caressant dans le sens du poil les maires qui conservent jalousement leur pouvoir de police de la circulation. Le nombre d’egos à ménager explose, créant un redoutable « factoriel problème ».
Il y a un moyen d’outrepasser tout ce système : la rupture. En cas de situation extrême, comme les Pays-Bas dans les années 70 (avec leur mouvement choc « Stop de Kindermoord« , halte au meurtre d’enfants) et que le système s’y prête, alors les décisions peuvent, tout à coup, être favorables et s’accélérer. Mais cela signifie qu’il est déjà trop tard et cela se fera non sans dommages collatéraux.
L’autre solution, plus lente, mise sur les micro-changements initiés par les villes et les projets d’ampleur modeste, fruits d’une négociation perpétuelle dans la boue juridique, la bureaucratie et le cynisme électoral.
Des projets qui, petit à petit, finissent par créer un changement réel, visible. Ce changement prend alors de plus en plus de poids et permet de valider de plus en plus de projets à l’envergure grandissante.
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