AccueilVélo électriquePendant qu'on fustige les fatbikes, la Chine prépare le braquage du siècle

Pendant qu'on fustige les fatbikes, la Chine prépare le braquage du siècle

Parler de la Chine devient récurrent et probablement barbant, certes. Mais tandis que les médias n’ont d’yeux que pour la législation et les fatbikes originaires d’Aliexpress, une partie plus cachée est en train de littéralement exploser les codes, au point de réveiller, non sans sueurs et angoisse, les constructeurs européens qui se pensaient tranquilles.

Les fatbikes, initialement des VTT musculaires aux roues énormes et aux pneus larges, souvent utilisés en montagne pour les descentes estivales, ont été remplacés dans l’esprit populaire par ces vélos à la géométrie tortueuse et au look de moto sympathique. Ils sont la panacée des constructeurs chinois, qui se sont engouffrés dans une brèche laissée par les fabricants de vélos traditionnels. Peu de marques s’offrent d’ailleurs un vrai retail et la majorité des acheteurs passe par des marketplaces, aux revendeurs loin de vos yeux, de votre cœur mais proches de votre numéro de carte bleue. Ces engins sont rarement homologués et surtout débridables avec une facilité qui conviendrait à un singe dans le coma.

Ils sont devenus un combat politique misant sur la peur du peuple plutôt que sur les statistiques qui, elles, sont nettement moins dramatiques. Une façon de critiquer des utilisateurs, souvent livreurs de commandes Uber Eats et immigrés, habillés en jogging-baskets, et un moyen détourné et non assumé de taper sur une typologie de personnes sans froisser son costume de bien-pensant. L’image, c’est important.

Pendant que les Européens regardent ailleurs, cette diversion sied parfaitement à d’autres acteurs chinois qui peuvent en profiter pour réaliser le braquage légal du siècle : battre la législation européenne à son propre jeu, tout en balançant un « high kick » aux constructeurs traditionnels.

Souvenez-vous (ou pas), durant l’été 2024, le grand public et la presse spécialisée du cycle découvrent le moteur de DJI nommé Avinox. Sur le papier, la claque est violente : plus léger (2,5 kg), plus puissant en crête (1000W), plus coupleux (120 Nm). Le tout en bénéficiant de tout le savoir-faire technologique du constructeur chinois, leader de l’univers du drone et capable de s’imposer immédiatement sur un marché technologique (cf. son aspirateur robot Romo).

Mais la peur part aussi vite qu’elle est venue. Déjà parce qu’on ne sait pas encore ce qu’il vaut sur le terrain. Ensuite parce que DJI semble vouloir proposer sa solution B2C sur le marché du vélo, alors en pleine souffrance.

Pourtant, la suite n’est pas tendre. Et pour cause, l’Amflow, premier vélo à embarquer ce moteur (avec la batterie, la technologie, le contrôleur, l’application), est une claque monumentale dans l’univers du All Mountain. Quiconque l’a essayé a été bluffé et j’en fais allègrement partie.

Mais c’est surtout la disparition du nom DJI qui chamboule tout, laissant alors l’entreprise Avinox exister seule (évitant de fait le boycott américain), tout en gardant Amflow dans le jeu. Et là, ça fait mal. Primo, parce que la promesse du meilleur moteur du marché sur ce segment du VTTAE est tenue. Secundo, parce que cette proposition se décline à la fois sur le marché B2C avec Amflow, mais surtout, et c’est ce qui a énervé les autres acteurs, sur le marché B2B, avec Avinox. Une solution intéressante, performante (et probablement à des tarifs attractifs) qui risque de grapiller rapidement des parts de marché sur un segment de valeur : le VTTAE de performance.

Nous aurions pu nous attendre à une guerre de R&D pour le bien-être du consommateur. Que nenni ! La première réaction de l’Allemagne a été de mettre en place une nouvelle limite de puissance, en crête cette fois-ci, à 750W (très proche de celle de Bosch donc) pour éviter que la conduite du VTT ne s’apparente à celle d’un « cyclomoteur ». Une excuse bidon et un protectionnisme industriel à peine déguisé pour quiconque essaie un Amflow en montagne en y laissant des gouttes de sueur.

Car ce moteur est légal. Il réussit à passer l’homologation de la puissance nominale sur les 30 minutes grâce à une maîtrise de la température en crête. Logique, puisque les technologies utilisées dans les drones (engrenages de moteurs allégés, emploi de magnésium) qui embrassent les mêmes contraintes de poids et de température ont été exploitées pour ce moteur de vélo. Le tout, en misant sur la maîtrise software du fabricant.

La claque ne semble pas s’arrêter là, et cette première offensive semble devenir encore plus sérieuse à l’évocation d’un nouveau moteur M2 d’Avinox durant l’Eurobike 2026 à venir dans quelques mois.

Les constructeurs traditionnels peuvent toujours se rassurer en mettant les parts de marché en perspective, mais c’est oublier la capacité de ces acteurs chinois sérieux (Xiaomi, DJI, Huawei) à enchaîner très rapidement les améliorations de produits.

Dans tous les cas, cela ne laisse présager que du bon pour le consommateur. Passer d’un marché dicté par les motoristes à un marché où les constructeurs de cycles ont l’embarras du choix rend l’offre exponentielle. De quoi motiver l’adoption du vélo par le choix et l’attractivité de la nouveauté (combien de personnes réfractaires à la voiture électrique sont motivées à l’acquisition d’une Xiaomi ?).

Reste un souci : le vieux continent. À vouloir légiférer à outrance, l’Europe passe son temps à scier une branche sur laquelle la concurrence a plus de facilité à sauter. Surtout pour un marché qui regorge d’autres branches bien plus grosses et plus accessibles. Une approche qui rappelle celle du marché automobile. C’est d’ailleurs là le souci : n’est-il pas absurde d’espérer un autre résultat en reproduisant la même erreur ?

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