
Pourquoi un vélo sur mesure fabriqué en France coûte-t-il souvent plusieurs milliers d’euros ? À l’heure où les prix du vélo, électrique ou non, interrogent de plus en plus les cyclistes, un artisan a choisi de poser ses chiffres sur la table pour expliquer, simplement, la réalité économique derrière le fait main.
La question du prix n’est pas nouvelle dans le monde du vélo. On se la pose déjà pour l’industrie, comme lorsque l’on cherche à comprendre combien doit coûter un vélo électrique. Mais elle devient encore plus sensible lorsqu’il s’agit de fabrication artisanale, locale et sur mesure.
Fabriquer un cadre sur mesure ne consiste pas seulement à assembler des tubes. Entre la conception, les ajustements morphologiques, le brasage et les contrôles, un cadre nu demande généralement entre 20 et 40 heures de travail, auxquelles s’ajoutent plusieurs centaines d’euros de matériaux. « Beaucoup sous-estiment le temps réel nécessaire pour fabriquer un cadre correctement », souligne Andreas Behrens, fondateur de LaFraise Cycles.
Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Une part importante du temps d’un cadreur est absorbée par des tâches impossibles à facturer : échanges avec les clients, gestion administrative, communication ou présence sur les salons. Au final, sur environ 1 800 heures travaillées dans l’année, seules 1 300 à 1 400 heures peuvent réellement être facturées.
Contrairement à une idée répandue, afficher un cadre à 3 000 ou 4 000 euros ne signifie pas que l’artisan s’enrichit. Une fois les charges sociales, les impôts et les frais fixes payés, le revenu net visé reste proche de la moyenne française. « Avec un taux horaire affiché à 50 euros, beaucoup d’artisans travaillent en réalité en dessous de l’équilibre », explique Andreas Behrens.
Rapporté aux heures réellement facturables, l’activité impose un taux horaire situé entre 55 et 60 euros pour simplement être viable. Une contrainte que l’on retrouve à d’autres échelles dans l’industrie du vélo, où les équilibres financiers restent fragiles, y compris chez les grands acteurs, comme le montrent les résultats financiers de Giant.

Si certains cadres artisanaux sont proposés à des tarifs très bas, ce n’est pas toujours le signe d’une bonne affaire. Cela peut aussi traduire une sous-évaluation du travail, un phénomène bien connu dans un secteur où la passion prend souvent le pas sur la rentabilité.
Dans ce contexte, considérer un vélo sur mesure artisanal uniquement à travers son prix revient à passer à côté de l’essentiel. Ce niveau de tarif n’est pas celui d’un luxe excessif, mais celui d’un équilibre fragile, qui permet à un atelier de payer ses charges, de rémunérer correctement le temps passé et de durer dans le temps. À l’inverse, tirer systématiquement les prix vers le bas pose une question simple : peut-on vraiment vouloir du local, du durable et du sur-mesure… sans en assumer le coût ?
À l’heure où le vélo est présenté comme un marché d’avenir, parfois avec des discours très optimistes sur les opportunités économiques, comme dans les promesses de croissance du secteur, l’artisanat rappelle une autre réalité : produire localement, durablement et sur mesure a un coût incompressible.
Source : LaFraise Cycles via Weelz
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