
Une entreprise de Dresde développe un banc d’essai portable capable de mesurer la puissance réelle d’un vélo électrique en cinq minutes. Objectif : équiper la police dès l’été 2027. Et pourquoi pas la France ensuite ?
Repérer un vélo électrique débridé lors d’un contrôle routier relève encore souvent du bricolage : un agent constate une vitesse anormale, mais prouver la manipulation du moteur est une autre affaire. L’entreprise allemande EMEC-Prototyping, basée à Dresde, travaille sur un banc d’essai mobile censé régler ce problème. Le sujet n’est pas anecdotique : la question des vélos à assistance électrique non conformes agite toute la filière européenne.
Replié, l’appareil ressemble à une grosse valise et pèse une vingtaine de kilos. EMEC annonce un montage sur le terrain en cinq minutes environ, ce qui le rend théoriquement utilisable lors d’un contrôle de rue. La mesure s’effectue à deux endroits : au niveau du pédalier et sur un rouleau, pour obtenir la puissance réellement délivrée par le moteur.
Le dispositif ne se contente pas de relever des watts. Selon son dirigeant, le Dr René Beckert, deux mesures calibrables sont combinées à une analyse par intelligence artificielle du comportement du moteur, afin de repérer les réactions suspectes. L’écart annoncé reste sous 1 %, mais des valeurs solides ne seront communiquées qu’après la première série de tests. La version initiale exige une roue arrière motrice, une variante pour transmission avant viendra plus tard.
Côté commercial, EMEC évoque une trentaine de demandes venues de quatre pays, majoritairement d’Allemagne, et des échanges suivis avec la police de Dresde. Aucune autorité n’a toutefois signé de commande ferme. Le prix devrait atteindre cinq chiffres, avec une formule de leasing envisagée pour s’adapter aux budgets serrés des forces de l’ordre.
À lire aussi96 % des fatbikes seraient illégaux en France : l’alerte de la filière véloPersonne ne sait vraiment combien de vélos électriques roulent débridés en Allemagne. Une étude de l’université technique de Dresde menée auprès de 709 livreurs avance 6,8 % de vélos modifiés pour la vitesse, tout en qualifiant ces interventions de « rares ». La moitié des livreurs interrogés rejettent explicitement la pratique et beaucoup ne s’y sont jamais intéressés — un échantillon qui ne dit rien de l’ensemble des utilisateurs.
René Beckert juge d’ailleurs excessive l’estimation souvent citée de 10 % de pedelecs manipulés. Il soupçonne en revanche que certains vélos arrivent déjà modifiés à l’importation, ou sont utilisés en toute méconnaissance de la loi, notamment des modèles dont la vitesse se règle librement. Les conséquences, elles, vont bien au-delà de l’amende : un pedelec trafiqué peut perdre son statut de vélo et basculer dans la catégorie des véhicules à moteur, avec homologation, assurance et permis à la clé.
Les Pays-Bas ont pris de l’avance avec environ 250 bancs d’essai déployés dès 2024. Rien de comparable n’est annoncé en France, mais la limite européenne des 25 km/h y est identique et les saisies massives de vélos électriques illégaux à Londres montrent que les grandes villes cherchent des outils. Un tel appareil trouverait vite son utilité dans les contrôles de livreurs urbains.
Reste que multiplier les contrôles ne dit rien du problème de fond : l’essentiel des accidents en vélo électrique n’a rien à voir avec le débridage. Une valise de 20 kg ne remplacera ni une offre de vélos rapides homologués accessible, ni un contrôle sérieux à l’importation des modèles douteux.
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