AccueilComposantsTaïwan défie Bosch et Shimano en lançant la CCPA, un protocole ouvert pour vélo électrique

Taïwan défie Bosch et Shimano en lançant la CCPA, un protocole ouvert pour vélo électrique

Présentation du protocole ouvert CCPA taïwanais sur un vélo électrique au centre de recherche CHC.
Taïwan présente le protocole CCPA, une alternative ouverte à Bosch et Shimano pour les motorisations de vélos électriques. © CHC

Face aux solutions intégrées des géants européens, l’industrie taïwanaise du vélo électrique dévoile la Cycling Common Protocol Alliance (CCPA), un standard d’interopérabilité destiné à renforcer la compétitivité de ses PME. Le ministère de l’Économie taïwanais soutient cette initiative stratégique.

Lors du Taipei Cycle Show 2026, le Cycling & Health Tech Industry R&D Centre (CHC) a présenté une série d’innovations marquant l’intégration de l’industrie cycliste taïwanaise avec les technologies de l’information et de la communication (ICT). Au cœur de cette stratégie : la Cycling Common Protocol Alliance (CCPA), un protocole de communication standardisé conçu pour permettre aux composants de différents fabricants de fonctionner ensemble sans friction. Cette initiative intervient alors que la Chine redevient le premier fournisseur de VAE en Europe, devançant Taïwan avec près de 200 000 unités exportées en 2025.

Le CHC, catalyseur de la transformation technologique de l’industrie cycliste taïwanaise

Créé en 1992 par le ministère des Affaires économiques (MOEA) et l’industrie cycliste taïwanaise, le CHC agit comme un pont entre le secteur privé et les pouvoirs publics. « Le centre a été fondé pour accompagner l’industrie dans la montée en gamme technologique, la R&D et la compétitivité mondiale, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises », explique Roccio Hu, représentante du CHC. L’organisme fonctionne comme un institut de recherche soutenu par l’État (GSI), en coopération étroite avec la Taiwan Bicycle Association (TBA).

Le CHC bénéficie du soutien de l’Industrial Development Administration (IDA) du MOEA, qui vise à accélérer la transition verte de l’industrie. Cette structure hybride permet de mutualiser les investissements en R&D pour des PME qui n’auraient pas les moyens de développer seules des solutions technologiques avancées. Le centre se positionne ainsi comme un partenaire technique du secteur privé, capable de mobiliser des ressources publiques pour des projets d’intérêt collectif.

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CCPA : un protocole commun pour contrer les géants européens

La CCPA repose sur une stratégie modulaire destinée à abaisser les barrières d’intégration système. « Les protocoles de communication standardisés éliminent les obstacles entre différents fabricants de composants de VAE« , précise Roccio Hu. L’objectif : permettre aux « champions cachés » taïwanais spécialisés dans les contrôleurs, moteurs et batteries d’interopérer de manière transparente, sans dépendre d’un écosystème propriétaire.

Cette initiative vise directement les solutions intégrées de Bosch et Shimano, qui dominent le marché européen avec des systèmes complets où tous les composants sont conçus pour fonctionner ensemble. En proposant un standard ouvert, Taïwan cherche à offrir aux fabricants de vélos une alternative modulaire, où chaque composant peut être choisi indépendamment tout en garantissant la compatibilité. Cette approche pourrait séduire les marques européennes cherchant à diversifier leurs fournisseurs, notamment dans un contexte où l’industrie taïwanaise travaille à restaurer sa réputation après les controverses sur le travail forcé.

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Applications concrètes : du prototype de puce domestique à l’e-MTB intégré

Le CHC a présenté un prototype de puce domestique intégrant le protocole CAN Bus (CCPA), permettant une intégration système transparente entre l’ordinateur d’affichage (HMI), le contrôleur moteur, la conversion de puissance, le système de gestion de batterie (BMS), le chargeur et les dérailleurs sans fil. Cette solution « made in Taiwan » vise à réduire la dépendance aux composants électroniques importés et à renforcer la maîtrise de la chaîne de valeur.

Dans le segment e-MTB, le système basé sur CCPA intègre moteur central, HMI, fourche électronique et tige de selle télescopique. La fonction « One-touch » ajuste automatiquement les niveaux d’assistance et l’amortissement de la suspension selon les scénarios de montée ou de descente. Cette approche illustre la volonté taïwanaise de proposer des solutions techniques avancées, capables de rivaliser avec les systèmes européens sur le terrain de l’intelligence embarquée et de l’expérience utilisateur.

Battery Passport : anticiper la réglementation européenne

Le MOEA et le CHC ont développé une plateforme centralisée de passeport batterie, en réponse au règlement européen sur les batteries (EU 2023/1542). « Nous essayons d’en faire une solution centralisée pour les fabricants de batteries« , indique Roccio Hu. La plateforme, co-développée avec le fabricant taïwanais GWA, devrait être opérationnelle au troisième trimestre 2026. Une version anglaise est en préparation pour un déploiement international.

Le système intègre l’analyse réglementaire et des modèles de données standardisés (Battery Pass Long List V1.2) pour tracer les informations de la batterie depuis la fabrication jusqu’au recyclage. En établissant un cadre de service dédié aux données de cycle de vie, le CHC entend aider les entreprises à accélérer leur transformation numérique et à renforcer la compétitivité des exportations de VAE vers l’Europe. Cette anticipation réglementaire pourrait constituer un avantage concurrentiel face aux fabricants chinois, souvent moins avancés sur les questions de traçabilité et de conformité environnementale.

Source : Bike Europe

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