Faire le Cowboy en vélo électrique : un jeu urbain à haut risque !

Dans les années 2000, l’émergence d’internet a permis à des gens du monde entier de réaliser qu’ils n’étaient pas les seuls à être bizarres. Les internautes se sont donc machinalement rassemblés autour de centres d’intérêts communs, de gouts communs, d’excentricités communes et ont ainsi tissé les liens de cette énorme toile. Quelques années et progrès technologiques plus tard, la communauté des cyclistes peut s’affronter dans des courses de sprint au milieu des gens. Un grand écart que JCVD n’aurait pas tenté. Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est le thème de l’édito.

L’union fait la force, à condition que le groupe ait conscience de cette force commune. Cette dernière condition est la raison pour laquelle les fourmis ne dominent pas le monde. Ça et le fait qu’elles n’ont pas Linkedin. Quant aux cyclistes, ils sont en quelque sorte les fourmis de la mobilité. Le progrès aidant, ils peuvent désormais communiquer via n’importe quel outil connecté : pc, smartphone et depuis peu, le vélo connecté.

Ça a donné une idée à la marque de vélos électriques Cowboy : fédérer la communauté des utilisateurs. C’est malin, car une communauté forte et engagée génère beaucoup de monnaie et n’a pas envie d’aller voir ailleurs. Cet ailleurs étant une concurrence sévère dans un marché saturé. Évidemment, l’argent étant tabou, c’est moins l’angle financier que l’angle communautaire qui est évoqué dans le communiqué de presse fraichement reçu. Mais à la lecture, il est plutôt question de communautarisme et ça, c’est un problème.

Dans un monde parfait, Tanguy Goretti, l’un des cofondateurs de la marque aurait eu raison d’écrire ceci : « La connectivité est synonyme d’intelligence partagée, ce qui nous permet d’avoir des fonctionnalités de sécurité à la pointe de l’industrie, telles que les alertes de trafic et la détection de chute. Aujourd’hui, c’est une autre première : Connecter nos riders à travers un jeu de course interactif amusant et passionnant. Nous sommes extrêmement excités par ce premier pas dans le social gaming et le potentiel qu’il apporte aux riders de Cowboy. »

Mais le monde n’est pas parfait et les gens de chez Cowboy n’ont pas passé suffisamment de temps sur les réseaux sociaux et les jeux en ligne. Car dans notre réalité, c’est plutôt la sottise qui est partagée, et le jeu en ligne troque rapidement l’amusement pour l’obsession. C’est tout le problème des « scoring games » qui n’ont pas d’autre but que d’atteindre, comme leur nom l’indique, un meilleur score.

L’idée de Cowboy est de permettre aux cyclistes utilisant un Cowboy de s’affronter sur des épreuves très courtes dans le monde réel, souvent à base de vitesse. Sorte de course de dragster à pédales en milieu urbain. Rouler vite, vaincre l’autre, au cœur d’un ensemble d’humains qui n’a pas été prévenu. L’idée d’un maillot jaune devenu rouge sang, faute à ces piétons imprévisibles qui n’ont pas traversé au bon moment, à cette voiture qui n’aurait pas dû passer à l’orange bien mûr, faute à tout un environnement qui ne s’est pas adapté au jeu. Un jeu qui va rapidement devenir une obsession. L’amusement fait place à la performance. De quoi transformer tout utilisateur un peu joueur en malade du guidon.

Vous en doutez ? Voici les règles des trois jeux proposés :

  • RACE : affrontez un autre rider au profil similaire sur un sprint de 500 mètres. Le premier adversaire sera un inconnu avec des statistiques similaires, mais à chaque victoire, les challengers deviendront un peu plus rapides.
  • BURN : Atteignez un objectif de brûlage de calories dans le cadre d’un défi intense d’une minute. L’exercice commence avec 4 calories au niveau 1, mais s’intensifie jusqu’à 23 calories au niveau 20 pour pousser le rider dans ses derniers retranchements.
  • PUSH: Testez votre force et votre endurance en maintenant la puissance de pédalage au-dessus du seuil pendant 15 secondes d’affilée pour passer au niveau suivant. Le jeu peut sembler simple, mais remporter les 25 niveaux est un véritable défi.

Pour rappel, Cowboy vend des vélos urbains. Des commuters. Des engins conçus pour évoluer surtout en ville et se rendre sur son lieu de travail. Le seul chrono qu’on peut taper avec, c’est un Chronodrive.

Il y aura toujours quelqu’un pour vous dire qu’aucun humain n’a jamais été tué par un cycliste, et qu’une voiture est outrageusement plus dangereuse. Il est toujours plus dangereux de se baigner dans un océan agité que dans une piscine. Mais il est possible de se noyer dans les deux.

Outre ce premier problème, cette idée vient jeter de l’huile sur un feu de plus en plus vif qui entoure la communauté des utilisateurs de vélos, au sens large.

Car le vélo communautaire a du bon. Il permet de s’aider, d’améliorer l’activité, de prendre plaisir, de déployer et renforcer les structures dédiées. Ce vélo communautaire est à l’origine de cette émancipation du cycle, misant sur l’osmose de la plurimobilité.

Malheureusement, cet aspect communautaire doit lutter contre un vélo communautariste. Celui qui fait passer l’idéologie du cycle avant celui qui roule dessus, avant ceux qui évoluent autour. Le village des Gaulois, avec pour potion magique les réseaux sociaux et le Dráma. Le rejet de tout ce qui ne s’y rattache pas. Une contre productivité digne des CSC politiques, eux-mêmes encore plus impressionnants que ceux durant l’euro 2024.

Le vélo communautaire file le sourire, le vélo communautariste file la rage de l’autre. Et avec son idée, Cowboy va y ajouter la rage de vaincre. C’est factuel. La vie peut être un jeu, c’est sûr. Mais dans ce cas, la mort en est la fin.

Le derailleur
Le derailleur

Sniper du deux-roues

Tous les 15 jours, Le Dérailleur s’invite à la rédac’ pour vous parler de vélos et de nouvelles mobilités. Coup de cœur ou coup de gueule, son avis est toujours très tranché et n’a pas vocation à engager l’ensemble de la rédaction.


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Commentaires

1 Commentaire
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Mig ka
5 jours il y a

Excellent !!!