Essai du vélo cargo électrique Öklo Évo Longtail : navette spéciale

Jérémy FDIDA · 27 Déc 2023 17:00 ·

Il y a deux questions que l’on peut se poser en lisant cet essai. La première est : pourquoi avoir fait deux ou trois enfants ? La seconde : comment les transporter ensemble sur un vélo ? Si nous ne pouvons répondre à la première, le cœur ayant ses raisons, cet essai a pour mission de le faire à la seconde. Car la promesse de cet Öklo Évo Longtail est de justement pouvoir transporter 3 enfants. Et le pari est plutôt réussi sous réserve d’avoir un peu (beaucoup) d’argent à dépenser.

Öklo, en voilà un nom qui sonne scandinave. C’est pourtant vers Annecy que l’entreprise est installée. Un vélo « français » avec des composants chinois tout de même, excepté le cadre. L’Évo est un vélo à la carte. La bonne nouvelle, c’est que le prix tient compte de la livraison et que le vélo est expédié monté et testé. La mauvaise, c’est qu’une bonne configuration comme celle de l’essai coûte bonbon. Le résultat est très positif pour un engin différent, onéreux, mais qui tient totalement sa promesse.

Ceci est un VTC (vélo de transport avec cycliste) pour enfant.

Conditions de l’essai

Le modèle essayé est un prêt du service presse de la marque. Les vélos électriques comme l’Öklo Évo sont faits pour encaisser le poids de la vie, les chocs du quotidien, les aléas du temps. Il était donc logique que l’essai suive l’usage. Le vélo a donc porté à l’avant, tantôt un enfant de 17 kg, tantôt un bébé de 9 kg. À l’arrière, ce sont ce même enfant de 17 kg et un adulte de 75 kg qui se sont partagés la place.

Il a été essayé sur un parcours urbain mêlant pistes cyclables, routes et surtout un dénivelé sévère sur 3 km avec une fin à 20 %. Le genre de parcours qui met à mal la majorité des vélos et sur lequel l’Oklö Evo Longtail s’est très bien débrouillé, même chargé d’un cycliste de 100 kg. Les conditions météo étaient variées, allant de la pluie au soleil timide, avec des températures qui oscillaient entre 10°C et 16°C.

Design : une bonne ergonomie saupoudrée d’une certaine robustesse

Soyons honnête, le premier contact visuel avec le vélo électrique Oklö n’est pas flatteur. Il n’a rien de désirable dans sa forme. Il est au mieux rigolo, au pire peu attirant. Mais le dessin est malin puisque dans un format encore raisonnable, soit quelque chose qui tient dans un local vélo de copropriété, Oklö a pu tout mettre, tant en termes de performance matérielle que d’éléments de confort.

L’antivol bloque-roue AXA est en option, mais rassure. L’envergure du vélo le rend difficilement logeable sur les parkings vélo, pour y fixer correctement au moins 2 antivols du moins. Les roues avant et arrière sont de même diamètre (compte tenu de l’architecture du modèle, une asymétrie aurait été possible). Du 24 pouces exactement, avec des pneus Schwalbe Big Ben Plus de 2,15 pouces de large. Ils sont renforcés et de type ballon.

Côté freinage, nous avons été bluffés (nous en reparlons un peu plus loin) avant de constater que ce sont des Magura MT-Sport, donc du freinage à disque hydraulique à 4 pistons. Notez la poignée à deux doigts ajourée typée « sport » qui s’associe aussi bien avec le style du vélo qu’une paire de running avec un smoking. Un choix d’efficacité pragmatique que nous ne pouvons que saluer, vous verrez dans la partie conduite pourquoi.

Le guidon est amusant et son ergonomie permet d’en avoir un excellent contrôle. De son côté, la selle est très confortable. Sur notre modèle, elle est fixée à une tige de selle amortie en option. Notez qu’elle intègre une poignée sur sa partie inférieure. Habilement dissimulée, elle offre probablement la pire ergonomie possible pour se tenir à l’arrière.

Öklo Évo Longtail – caractéristiques principales

  • Poids : 33 kg
  • Cadre aluminium
  • Moteur Bafang M410 de 80 Nm de couple
  • Batterie Li-ion 43V 14 Ah (600Wh)
  • Afficheur 3,6 pouces monochrome étanche et rétroéclairé
  • Poignées en cuir véritable
  • Transmission moyeu Shimano  Nexus 5 vitesses
  • Roue 24 pouces avec jantes en aluminium
  • Pneus Schwalbe Big Ben Plus  24 x 2,15 pouces de type ballon
  • Éclairage avant 70 Lux avec allumage automatique
  • Freins Magura MT-Sport et disque percés de 180 mm

Confort : mieux installé que dans un A320 d’une compagnie low cost

Au royaume des vélos confortables, l’Evo Longtail va de correct à très bien. Correct pour le et les passagers à l’arrière. Le garde-corps est une obligation pour les enfants, la mousse du coussin manque cruellement de densité, le maintien à la poignée intégrée dans la selle est une très mauvaise idée. Donc sur ce point, ce n’est pas l’idéal et Tern, Trek ou Moustache font mieux.

Côté cycliste, c’est déjà bien mieux. La selle est un petit régal pour votre fessier, le guidon très inspiré des cintres des vélos électriques Moustache a une envergure idéale. Tout tombe idéalement sous les doigts : freins, contrôleur, poignée de vitesses. La position est droite et soulage le dos. Les kilomètres peuvent s’enchaîner sans souffrance. Contrairement aux apparences, la visibilité est excellente, même avec la bâche anti-pluie installée.

POV : vous êtes un enfant sur un vélo.

Enfin, il y a le support à l’avant. Dans la configuration de l’essai, c’est quasiment la « business class » du vélo : l’enfant voit ce qu’il se passe à 280°, il est protégé de la pluie, protégé du froid (l’écart de température est réel) et c’est incroyablement fun. Enfin, la capote de pluie intègre une structure métallique qui protège d’un choc en cas de chute ou d’accident, à la manière des scooters BMW C1.

Agrément de conduite : doux, performant, mais massif

Nous y voilà ! L’Oklö Evo Longtail paraît exigeant lorsqu’il est regardé comme ça, sur sa béquille. Logique, car les vélos électriques longtails sont généralement plus bas, dotés de pneus de 20 pouces. Ils sont moins volumineux et paraissent donc plus accessibles.

Il ne paraît pas si gros à côté d’un VTT musculaire.

Ce n’est pas faux. Disons que le cadre en col de cygne facilite grandement l’installation. Mais il faut se positionner sur une selle un peu haute. La capsule à l’avant (optionnelle) donne l’impression qu’on ne verra pas la route et pourtant, la visibilité est excellente. De quoi surprendre les personnes habituées à conduire des voitures surélevées. L’appréhension disparaît donc rapidement une fois sur la selle.

La maniabilité est très bonne en roulant. Le vélo est agile pour un tel gabarit et le combo + ergonomie de poignées + manettes de freins à deux doigts offre un résultat efficace.

À propos de freinage, celui-ci est tout simplement parfait : c’est progressif, doux, maitrisé et rassurant. Nous aimerions voir ce type de solution sur tous les vélos.

Notre modèle était doté de la fourche suspendue RST et de ses 50 mm de débattement. Elle est une option indispensable si vous souhaitez transporter un enfant à l’avant, vraiment ! Le poids du vélo, associé à la rigidité du cadre et à l’assise qui manque de moelleux, transforme le plus plat des sols en route pavées. Côté cintre, c’est pareil et votre guidon remontera alors un peu mois d’informations. Ce qui n’est pas un mal.

Aucun guidonnage n’a été constaté durant notre essai. Tant mieux, mais c’est étrange, car d’autres testeurs ont remonté ce problème. Pour vérifier cela, le protocole a été assez simple : mettre un antivol lourd dans la capsule de devant (hors de question de conduire sans les mains avec quelqu’un d’autre sur le vélo), et lâché de mains. C’est une réussite.

Autre point à évoquer, la transmission. Sur notre modèle d’essai, nous avions un moyeu Shimano Nexus 5 (pour 5 vitesses) et non l’Alfine 8 en option à 130 euros. Il faut retenir plusieurs choses. La première, les 5 vitesses suffisent. La seconde, et c’est le plus important, ces vitesses peuvent se passer à l’arrêt ! À la différence d’un système Enviolo, ici les vitesses sont bien définies et se passent par crans, ce qui rend le système plus agréable pour les habitués des vélos. Concernant ce passage, nous avons vite tendance à ne pas rétrograder avant de nous arrêter. Faire repartir la masse ensuite sollicitera énormément vos cuisses. Dans le cas du Evo-Longtail, il suffit de repasser sur une « vitesse facile » pour redémarrer sur les chapeaux de roues.

Côté défaut, manier le vélo à l’arrêt est une gageure. Le rayon de braquage est digne d’une Tesla Y Performance et le poids très haut perché génère un effet de balancier incessant. Il vaut mieux alors descendre du vélo, marcher à côté et veiller à ne pas osciller.

L’éclairage est fixé au cadre et ne suit donc pas la roue avant. En pleine nuit et compte tenu du porte-à-faux avant du vélo, c’est un peu gênant.

Assistance électrique : le passage de vitesses à l’arrêt fait la différence

Le moteur Bafang M410 nous a agréablement surpris. Pour la première fois chez le constructeur chinois, l’assistance est douce, progressive et raccord avec les informations transmises par le capteur de couple. Bravo à Oklö. Pourquoi Oklö ? Car les moteurs Bafang sont totalement paramétrables. Notamment la réponse de l’assistance et le traitement des informations délivrées par les capteurs de rotation et de couple. Et sur l’Evo Longtail, ça fonctionne.

Ce n’est pas tout : le couple de ce M410 est de 80 Nm. Mais souvent, cette valeur ne peut être obtenue qu’en crête et avec la batterie pleine. Que nenni ! Ici, c’est au démarrage que ces 80 Nm sont disponibles et ce, jusqu’à épuisement de la batterie. Comme souvent sur les cargos, un petit mouvement de la pédale engendre un départ « boosté » avec un déclenchement immédiat de l’assistance. De quoi propulser tout ce poids (100 kg de cycliste et 36 kg du vélo équipé) à un feu rouge en toute sécurité. Enfin, autant qu’un vélo limité à 25 km/h et de la longueur d’une Clio puisse l’être. Notez toutefois que le gabarit du vélo et son style sont bien visibles sur la route. Le style aidant surement, les automobilistes ont été très avenants avec nous durant l’essai.

Avec un adulte derrière, la limonade n’est plus vraiment la même. L’accélération devient plus longue évidemment. Ce qui n’est finalement pas un mal, dans la mesure où avoir 80 kg sur le porte bagage arrière change totalement l’inertie du vélo.

Le contrôleur d’assistance est doté de vieux boutons en gomme qui répondent mal à la pression du doigt. Ils font penser aux télécommandes de TV des années 80. Les niveaux vont de 0 (pas d’assistance) à 5 (assistance maximum). Les niveaux 1 et 2 sont clairement inutiles, mais le 3 est parfait. Les niveaux suivants permettent de limiter l’effort dans les pentes.

Un écran graphique qui rappelle l’époque du Nokia 3310. Basique, il indique l’autonomie restante sous forme de barres. Ce qui n’est pas pratique du tout. Point d’heure également d’affichée. C’est bête, mais c’est typiquement le genre d’information que l’on souhaite avoir sous les yeux, surtout quand le vélo sert à déposer ou récupérer des enfants à l’école.

Enfin, sachez que l’assistance est présente jusqu’à ce que la batterie soit totalement vide et ce, sans baisse des performances (merci les 43V contre 36V habituellement). Par la suite, vous aurez encore quelques heures d’autonomie pour l’éclairage (les feux) permettant ainsi de rentrer en étant visible.

Afficher l’heure serait chouette. Puis l’écran monochrome graphique s’y prête à merveille.

Roulage sans assistance : pas d’infini ni d’au-delà (ou peu)

Il était évident qu’emmener un tel engin au-delà des 25 km/h de l’assistance serait compliqué. Pourtant, le 30 km/h peut s’atteindre, non sans un certain effort. Car la plus grosse difficulté ne vient du poids, mais de la friction du moteur. Chez Bafang, les moteurs sont théoriquement débrayables. C’est le cas ici. Il subsiste cependant une résistance désagréable qui accentue l’effet ON/OFF lorsque l’assistance se coupe.

En revanche, cette friction n’est pas présente lorsque l’assistance est à 0. Il vous sera possible de rouler sans assistance autour de 18 km/h sans trop d’efforts.

Autonomie et charge : un chameau !

L’Oklö Evo-Longtail est livré avec une batterie de 600 Wh. Une belle capacité très bien essorée par le Bafang M410 jusqu’aux derniers électrons. C’est simple : avec une charge humaine totale de 140 kg, le vélo a été capable de boucler 81 km avec l’assistance au maximum, puis 103 km en jouant avec le mode. C’est énorme !

Le temps de charge a été très long en revanche, les 3A du chargeur n’étant pas suffisant. Le constructeur indique 5 heures, c’est qu’il nous a fallu pour un 13% – 100%. En revanche, le 0-100% a demandé plus de 6 heures.

Bon point du vélo électrique Öklo, la batterie se retire sur le côté très facilement.

Tarifs : des équipements optionnels

Oklö a choisi de vendre un vélo personnalisable à souhait. Ainsi, chaque élément ajouté est une volonté du client et forcément, l’addition chiffre vite. Ainsi, notre modèle d’essai est équipé :

  • Du Porte-bagages avant Fantilo à 220 euros
  • De l’enveloppe intérieure à 95 euros
  • Du kit accueil bébé à 120 euros
  • De la capote de pluie (créant une sorte de capsule) à 240 euros
  • Des paires de cale-pieds avec Pare-jupe à 100 euros
  • Du coussin à 20 euros
  • De la fourche suspendue à 200 euros
  • De la tige de selle amortie à 80 euros
  • De l’antivol bloque-roue à 70 euros

Pour un total TTC de 5 935 euros. Ouf ! Néanmoins, cette configuration n’est pas la meilleure et il faudra ajouter le garde-corps à 200 euros qui crée une véritable protection pour les passagers. Puis troquer les cale-pieds en métal (façon freestyle BMX) pour des repose-pieds autrement plus confortables (50 euros de plus). Puis ajouter le double cousin (20 euros de plus) tant qu’à faire.

Soit 6 005 euros pour une configuration capable d’emmener 3 enfants dont un bébé.

Test Öklo Évo Longtail : le bilan Cleanrider

NOTE GLOBALE
Confort & ergonomie
Conduite
Autonomie

Grosse autonomie, confort, puissance, couple, l’Evo Longtail signe un carton plein. On pestera contre des détails minimes facilement rectifiables comme la réponse des boutons du contrôleur, l’éclairage fixé au cadre, l’absence de poignée de maintien aux places arrière et le design discutable

Le prix fait également mal au portefeuille. Mais nous sommes dans la cour des autres constructeurs qui utilisent du Bosch en matière de motorisation. Mais cette version du Bafang n’a pas à rougir.

Enfin, et c’est probablement l’argument-massue : les enfants adorent (mais veulent tous être à la place de devant).

Un gros coup de cœur de la rédaction et une chouette solution pour les personnes qui cherchent un vélo longtail tout en ayant (et c’est devenu trop commun désormais) un joli pécule à dépenser.

On a aimé On a moins aimé
  • 3 enfants sur un vélo
  • Assistance efficace jusqu’au bout de la batterie
  • Passage de vitesses à l’arrêt
  • Autonomie phénoménale
  • Confort à l’arrière
  • Prix élevé
  • manipulation à l’arrêt
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