Moto électrique : ce couple de bikers teste la Zero DSR/X

Gaëlann Schwoerer · 5 Août 2023 9:00 · 3
David Pillonetto de Breizh Riders avec Léonie et Cédric

L’électricité se profile comme énergie d’avenir pour les véhicules, y compris les motos. Mais qu’en pensent les passionnés de bécanes ? Cleanrider a demandé à un couple de motards de tester la DSR/X de Zero Motorcycles.

C’est ainsi que nous avons recueilli les avis de Cédric et Léonie, tous deux agriculteurs dans les environs de Rennes. Et le genre de la maison, c’est du vintage du vrai, et de beaux objets. En témoignent le Jukebox Wurlitzer et la pompe à essence décorant le salon. Le style de leurs motos n’en est pas très éloigné non plus : Indian Chief Vintage rouge avec sacoches cuir à franges pour madame, et Chieftain bleu métallisé pour monsieur.

Une histoire de passion

Avant de passer au vif du sujet, remontons dans le temps pour comprendre l’importance de la moto dans la vie des deux tourtereaux.

Pour Léonie, c’est une passion qui remonte à loin : « Quand j’avais 16 ans, je roulais avec une mobylette, mais j’ai toujours rêvé d’une Harley. Dès que j’ai eu mon permis, je suis allée en chercher une. » Un désir vite rattrapé par la mise en garde d’un vendeur, qui a déconseillé cette machine car trop puissante. « Je me suis rabattue sur une Honda Shadow 750 que j’ai gardé trois ans. », nous raconte-t-elle.

Mais en 2009, un heureux événement a poussé la passionnée à vendre son bien : « On a eu notre premier enfant avec Cédric, et il nous fallait une voiture familiale. J’ai cédé ma moto. Ce n’était pas un choix définitif : je savais que j’en rachèterais une un jour. »

Un rêve, ça ne s’oublie pas comme ça, et c’est en 2014 que Léonie a décidé de reprendre son aventure : « On m’a diagnostiqué un cancer phase 4. Je faisais des allers-retours à l’hôpital et je regardais les Harley sur Internet. Je me suis jurée d’en acheter une si je m’en sortais. »

Chose promise chose due, l’américaine est arrivée dans sa parure bleu turquoise, sous l’œil émerveillé de madame et l’air désintéressé de son mari. « Il l’a à peine regardée », s’amuse Léonie avant d’expliquer « Il n’aimait pas les deux-roues, il trouvait ça trop dangereux. »

On a parlé de couple de passionnés, et on n’a pas menti. C’est quelques années plus tard, alors que la Harley avait été remplacée par sa marque concurrente, une Indian du modèle Chief Vintage mentionnée plus haut, que Cédric s’est laissé convaincre d’effectuer un essai.

Léonie et Cédric avec leurs moto Indian

« J’étais partie une semaine avec un groupe de 22 personnes aux Pays-Bas pour un trip en moto. Mon mari les a rencontrés et a adoré l’ambiance. Je voulais partager ma passion avec lui, alors je lui ai proposé d’essayer. », nous explique Léonie.

Cédric prend le relais : « J’ai été convaincu. Trois mois plus tard, je me suis inscrit aux leçons pour passer le permis A2. J’ai commencé avec une Triumph Tiger 800, puis j’ai complété ma formation pour conduire un plus gros gabarit. »

Le nouveau motard a fini par succomber à l’américaine. « J’ai fait tous les magasins de Rennes pour trouver ma moto, je voulais qu’elle soit confortable, pratique et avec un bon son pour la musique. J’ai eu un coup de cœur pour l’Indian Chieftain », nous raconte-t-il, sous l’œil fier de sa femme : « Il est revenu avec un grand sourire, on savait que c’était la bonne. »

Le duo n’avait jamais testé l’électrique, pas même en voiture. « On ne s’était pas posé la question, ou juste très rapidement quand on a changé notre familiale, mais jamais pour les motos », nous expliquent-ils.

C’est donc une réelle découverte qui les attend. Léonie nous confie avoir peur d’un manque de caractère : « Il n’y a pas le bruit, l’odeur ou même les vibrations, tout ce qui caractérise nos machines. »

Un départ dans le calme

Et c’est à Montgermont, dans l’agence Breizh Riders déjà fréquentée par nos deux protagonistes, que nous nous sommes rendus pour leur faire tester le modèle DSR/X de la marque Zero Motorcycles.

Avec une puissance moteur de 100 chevaux et un couple de 250 Nm, le bolide électrique peut aller jusqu’à 180 km/h. Sa batterie à capacité maximale de 17,3 kWh lui permet d’atteindre une autonomie de 290 km. Le tout pour un prix de 26 995 €, hors aides de l’État.

Nous arrivons un peu en avance devant la vitrine où nous sommes accueillis par le boss des lieux, David Pillonetto, dont nous avons également réalisé l’interview pour Cleanrider. Dans le salon, des Indian à perte de vue, engins signatures de la boutique.

Le patron nous explique avoir choisi de commercialiser en plus la marque Zero Motorcycle pour proposer une solution répondant aux enjeux environnementaux, tout en restant dans un univers américain.

Mais comment faire ressortir les nouvelles électriques face à cette horde de thermiques à l’histoire forte ? David ne se laisse pas impressionner : « Souvent, nos clients sont réticents au premier abord. Je les pousse quand même à faire un tour et en général ils sont agréablement surpris. J’ai plutôt des bons retours. »

Il ajoute : « Le cas de Cédric et Léonie est intéressant, c’est le profil typique de passionnés de belles motos qui n’auraient pas forcément pensé à essayer l’électrique. »

Soudain, un bruit de moteur sur le parking, le couple débarque avec leurs fidèles Indian. Le patron les reçoit avec un bon café et recueille leurs premiers avis quant à l’électrique. La température est plutôt froide, alors David commence par leur présenter la marque autour d’une version d’entrée de gamme : la FXE.

Derrière, sur une estrade, trône une DSR/X blanc perle, modèle star du jour. Elle se retrouve vite encerclée par les trois interlocuteurs. C’est avec un air dubitatif que les deux compères écoutent les explications du patron quant aux caractéristiques et fonctionnement de la machine.

Ce dernier les prévient : « Dans un premier temps, vous allez faire wahou devant l’accélération fulgurante en mode Sport. Ensuite, vous passerez en mode Eco et vous pourrez gérer l’énergie en regardant la charge de la batterie et l’autonomie qu’il reste. Vous serez aussi surpris par sa maniabilité. »

Un peu plus tard, devant son équivalente verte sauge prête à partir dans le silence le plus total, Léonie commente : « Elle est démarrée et il n’y a aucun son, aucune odeur, ça fait bizarre. »

Le patron leur livre les dernières indications concernant les réglages, modes de conduite, et la lecture du tableau de bord. C’est suivi par sa femme en Indian Chieftain que Cédric s’élance en premier à dos de Zero Motorcycles.

Retour au bercail

Après un bon petit tour d’une quarantaine de minutes, avec un switch de pilote au milieu, Léonie ramène la bête au bercail, sourire aux lèvres : « Je ne m’attendais pas à ça, c’est surprenant ! Le moteur ne chauffe pas du tout comparé à une thermique. » Cédric, lui, regarde le compteur en s’exclamant : « L’autonomie est remontée par rapport à quand on a pris la moto, c’est fou ! »

Un phénomène expliqué par le patron : « Les deux jeunes qui l’ont essayée juste avant vous ont eu une conduite très vive. La moto, après recharge, s’est basée sur cela pour prédire l’autonomie que vous avez vue au départ. Vous avez sûrement piloté la Zéro d’une manière beaucoup plus souple et elle a fait un recalcul des kilomètres restants. »

La motarde, toujours épatée, ajoute : « j’ai adoré ! » tandis que son époux s’étonne de son engouement. « C’est vachement facile à conduire ! », se justifie-t-elle. Cédric, pragmatique, confirme : « C’est vrai que c’est facile, ça ne fait pas de bruit, elle est maniable. C’est super pour la ville. »

Ce qui surprend souvent, dans le monde de l’électrique, c’est la puissance d’accélération. La DSR/X confirme-t-elle ces dires ? « C’est assez nerveux, c’est un chouette jouet à tester sur la route. », déclare Léonie. Son mari, lui, n’a pas vraiment apprécié le mode Sport : « La conduite est presque saccadée, trop brutale, ce n’est pas agréable. En mode Eco, elle est pas mal. »

Et l’absence de bruit, un frein ou un avantage ? Cédric prend la parole : « Il faut faire attention. Les gens ne t’entendent pas arriver. J’ai doublé un vélo et je me suis écarté beaucoup plus que d’habitude. » Il ajoute : « C’est pas mal dans les villes pour réduire la pollution sonore mais ça peut quand même être dangereux. »

Léonie, quant à elle, regrette déjà son Indian : « C’est tout de même chouette quand tu entends le bruit du moteur, tu te retournes et tu vois arriver une belle moto. Là, il manque quelque chose. »

Alors échanger sa thermique contre une électrique… « J’me projetterais pas », nous affirme Cédric. Léonie nous explique : « Nous, c’est une passion. On veut le bruit, l’odeur, les vibrations. On l’utilise en loisir, pour aller à la plage avec les enfants quand il fait beau, ou en balade avec des amis. C’est pour le plaisir. »

Le patron de la boutique, tout à fait compréhensif du regret des passionnés, place l’électrique comme : « un complément à la thermique. » Il avait précisé : « Si tu l’utilises pour le quotidien, aller au boulot ou en ville et que tu peux charger chez toi ou sur ton lieu de travail c’est l’idéal. »

L’Amérique dans les trips

Et c’est dans un délicieux restaurant italien et avec beaucoup plus d’engouement que Léonie, les étoiles pleins les yeux, nous parle de leur futur projet : « On va partir 18 jours en road trip aux Etats-Unis l’année prochaine. On va parcourir à peu près 4 000 km en Indian avec des amis. Ça va être super ! »

Dans cette ambiance mélangeant passion, partage et compréhension s’achève notre aventure du jour.

L’équipe CleanRider et moi-même remercions Cédric et Léonie de nous avoir accordé de leur temps pour cette journée de test, et leurs honnêtes ressentis pour cette interview. Nous saluons également David Pillonetto qui nous a gentiment accueillis dans sa boutique, et nous a permis de réaliser cet essai.


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Commentaires

3 Commentaires
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Pierre
6 mois il y a

Je roule également en Indian Roadmaster. A la différence de la voiture qui reste sans âme pour la plupart des modèles et ne sert que dans un but de déplacement, le motard entretien une relation presque fusionnelle avec sa machine. Il en a une vision esthétique très importante et faire de la route en la chevauchant, représente un plaisir jouissif. Je considère que ma moto par ses chromes, son élégance, son bruit est une œuvre d’Art, alors que la Zéro c’est zéro question esthétique et se rapproche d’un véhicule uniquement dédié au déplacement d’un point A à un point B. Tout le contraire de la philosophie motarde. Bref à moins qu’on me propose un jour une moto qui me séduise autant que mon Indian, je ne suis pas prêt d’en changer !

Toto
6 mois il y a

Je confirme qu’en tant que piéton à Paris surtout et ailleurs, le bruit et l’odeur des deux roues motorisés, c’est vraiment génial. Merci pour tout !

Lysvani
6 mois il y a
Reply to  Toto

Vraiment génial en effet !