Un sous-traitant de Shimano visé par une enquête pour travail forcé

Adeline ADELSKI · 7 Fév 2024 16:00 ·
Shimano-usine-Pologne

Le fabricant japonais de pièces de vélos enquête sur un fournisseur malaisien après que le Telegraph a révélé des allégations sérieuses d’abus dans les conditions de travail des employés.

Menaces, abus physiques et déductions salariales illégales

On ne présente plus Shimano, l’entreprise nippone qui approvisionne toutes les grandes marques de vélos en pignons, moteurs, freins et pédales. Le journal britannique le Telegraph a dévoilé que l’un de ses fournisseurs, l’entreprise malaisienne Kwang Li Industry, exploiterait des travailleurs immigrés du Népal. Ces derniers affirment avoir été victimes d’abus physiques, de menaces, de déductions salariales illégales, de suspensions non payées et d’extorsion de frais de recrutements. L’enquête s’appuie sur des entretiens avec des personnes actuellement ou anciennement employées par Kwang Li Industry et sur l’analyse de fiches de paie et de contrats.

En réponse à ces révélations, Shimano a lancé une enquête interne et a déclaré qu’elle remédierait à la situation des travailleurs au plus vite.

Jusqu’à 2 000 euros de frais de recrutement

Kwang Li Industry2

Pour faire face à la demande croissante pour les composants de vélo due à la période du Covid – Shimano a notamment enregistré une augmentation de ses ventes de 44 % en 2021 – Kwang Li Industry a chargé une agence de recrutement népalaise de trouver 251 travailleurs pour son usine du sud de la Malaisie, en septembre 2022. La fiche de poste semblait évoquer un revenu d’« au moins le salaire minimum malaisien », soit 1 500 ringgits par mois (293 euros). Or, les recrues ont affirmé qu’elles avaient été contraintes de payer des frais de recrutement allant jusqu’à 300 000 roupies népalaises, soit 2 098 euros, contractant pour la plupart un prêt à taux d’intérêt élevé. C’est légalement l’employeur qui doit s’acquitter des frais de tels frais.

Esclavage moderne

Or, après que l’activité de Shimano montrait des signes de ralentissement, les volumes de commande ont diminué, et Kwang Li Industry a cessé de solliciter la main d’œuvre, ne la convoquant que pour quelques heures et déduisant ainsi des salaires les journées non travaillées. Notons que l’Organisation internationale du travail considère les déductions salariales illégales comme un indicateur de travail forcé.

Les employés ont également fait état de suspensions non rémunérées allant jusqu’à 15 jours, voire des menaces d’expulsion du pays, sous prétexte d’avoir commis des erreurs ou de n’avoir pas atteint les objectifs de production. Un travailleur bangladais a été frappé au visage par son manager pour « une très petite erreur », d’après deux témoins, avant d’être suspendu un mois sans salaire.

Enfin, certains ouvriers ont été forcés à démissionner avant la fin de leur contrat, les laissant dans l’embarras pour rembourser les prêts ayant servi à payer les frais de recrutement. Cette accusation d’esclavage moderne, bien entendu rejetée par l’entreprise malaisienne, est prise très au sérieux par Shimano, qui s’est exprimée par l’intermédiaire d’un porte-parole : « Il s’agit d’une accusation grave qui va à l’encontre de ce en quoi nous croyons chez Shimano. Nous enquêtons actuellement sur la question avec les parties concernées et nous prendrons les mesures qui s’imposent pour résoudre la situation. »

 Source : The Telegraph


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