
Au CES 2026, Donut Lab annonçait réussir ce que les grands constructeurs automobiles promettent depuis des années : produire en série la première batterie tout solide pour véhicule. Cinq mois plus tard, une nouvelle enquête menée par un chercheur spécialisé et plus de vingt experts indépendants affirme que cette technologie présentée comme historique partage, courbe de tension à l’appui, la signature électrochimique d’une cellule lithium-ion tout à fait classique.
C’est un nouveau pavé dans la mare pour Donut Lab et sa fameuse batterie solide. Un dossier que Cleanrider suit depuis l’annonce initiale en janvier, la mise en production revendiquée en avril, puis la plainte d’un ancien cadre du partenaire industriel de Donut Lab en mai. Et le feuilleton continue ! Cette fois, c’est une analyse technique détaillée qui relance toute l’affaire.
Verge Motorcycles, le constructeur finlandais qui avait dévoilé dès 2021 son moteur-roue sans moyeu, avait confié à Donut Lab, sa filiale dirigée par Marko Lehtimäki, le développement d’une cellule tout solide à électrolyte sodium. Dans sa communication de janvier, la marque allait jusqu’à annoncer l’abandon total du lithium-ion au profit de cette nouvelle chimie. Densité énergétique de 400 Wh/kg, recharge complète en cinq minutes, 100 000 cycles de vie : les chiffres dépassaient largement tout ce que proposait l’industrie jusqu’ici.
Pour démontrer la réalité de sa solution, Donut Lab avait fait évaluer ses cellules par le centre de recherche finlandais VTT. Mais l’organisme n’a testé qu’une cellule isolée, jamais un pack complet prêt à équiper une moto. C’est sur ces données, publiées par le VTT mais que Donut Lab n’avait pas spontanément transmises aux journalistes, que le chercheur connu sous le pseudonyme Ziroth a construit son enquête. Après les avoir soumises à plus de vingt spécialistes indépendants, il affirme qu’aucun d’entre eux n’a identifié de batterie tout solide : tous décrivent une cellule lithium-ion ordinaire.
Deux indices techniques appuient cette conclusion : une tension qui se stabilise entre 3,7 et 3,8 volts à 50 % de charge, signature typique du nickel-manganèse-cobalt et non d’une chimie sodium, et une courbe de dilatation de la cellule pendant les cycles de charge incompatible avec un électrolyte solide. L’enquête remonterait même la chaîne de fabrication jusqu’à une entreprise allemande, CT Coatings, qui aurait fourni une cellule lithium-ion souple à la place de la batterie sodium promise.
Donut Lab a réagi dans un communiqué officiel, relayé par nos confrères américains de RideApart. Sans répondre sur le fond, l’entreprise affirme que la vidéo de Ziroth ne fait que recompiler des accusations déjà connues et auxquelles elle dit avoir déjà répondu. Elle souligne surtout qu’une ligne du site internet du chercheur mentionne un partenariat passé avec CATL, le géant chinois des batteries et concurrent direct de Donut Lab. La nature exacte de cette collaboration n’est pas précisée, mais l’argument suffit à Donut Lab pour mettre en doute l’indépendance de l’enquête plutôt que d’en discuter le contenu.
Sur le volet judiciaire, l’entreprise revient aussi sur le cas de Lauri Peltola, l’ancien directeur commercial de Nordic Nano Group, le sous-traitant chargé de fabriquer les cellules. Donut Lab affirme qu’il ne faisait pas partie de l’équipe travaillant sur la technologie batterie et qu’il n’avait donc pas accès aux informations techniques à jour. Nordic Nano Group indique de son côté avoir engagé une action en justice et déposé une plainte auprès de la police finlandaise visant les agissements de son ancien cadre, l’exact inverse de la plainte que ce dernier avait déposée en avril, à la fois devant la police et devant l’autorité de surveillance financière du pays.
Point important : cette communication ne répond à aucune des questions techniques posées par Ziroth, ni à celles que d’autres médias et laboratoires avaient déjà soulevées sur les données fournies par Donut Lab.
Sur le terrain commercial, rien n’a changé. Verge avait annoncé il y a un mois que les clients pourraient commander l’option batterie solide sur la TS Pro. Or, elle reste pourtant absente du configurateur en ligne du constructeur.
Pour Donut Lab, l’enjeu dépasse la seule moto électrique de Verge. L’entreprise avait levé environ 25 millions de dollars auprès d’un peu plus de 1 300 actionnaires, majoritairement des particuliers séduits par la promesse d’avoir devancé des concurrents autrement mieux financés.
Attention toutefois à ce que l’aventure Donut Lab ne remette pas en cause la batterie solide. La technologie reste toujours considérée comme un « game changer » pour l’ensemble de la filière batterie. Des constructeurs historiques y travaillent depuis des années sans être parvenus à un produit commercialisable à grande échelle. Cela explique pourquoi la promesse d’une jeune startup finlandaise d’y arriver la première, et avant tout le monde, avait suscité autant d’attention, et suscite désormais autant de scepticisme. La plainte de l’ancien cadre de Nordic Nano, toujours entre les mains des autorités finlandaises, dira si Donut Lab a simplement communiqué trop vite sur des résultats encore préliminaires, ou si l’affaire prend une tournure plus grave.
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