AccueilMoto électriqueRappels à répétition, ventes en berne... les motos électriques Can-Am tournent au flop

Rappels à répétition, ventes en berne... les motos électriques Can-Am tournent au flop

Une moto électrique Can-Am Pulse sur la route

Il y a deux ans, l’arrivée de Can-Am sur le marché de la moto électrique nous avait laissé une excellente impression. Depuis, le retour de la marque à la moto prend une tournure beaucoup moins favorable. Trois rappels aux États-Unis, des ventes qui semblent très faibles et des rabais massifs chez les concessionnaires : les signaux négatifs s’accumulent autour des Pulse et Origin.

Sur le papier, Can-Am avait pourtant tout pour réussir son retour à la moto. La marque est connue et peut compter sur un groupe industriel solide avec BRP. Elle dispose aussi d’une motorisation électrique développée en interne par Rotax. Enfin, ses deux modèles affichent un positionnement ambitieux.

Après une première présentation du design à l’été 2022, nous avions découvert les deux modèles en marge de l’EICMA 2023 à Milan, en compagnie de leurs concepteurs. Can-Am avait disparu du monde de la moto en 1987 avant d’être relancée par BRP sur d’autres véhicules. Son retour sur deux roues était donc particulièrement attendu.

Deux ans plus tard, l’enthousiasme est sérieusement retombé. Un nouveau rappel vient d’être publié aux États-Unis par la NHTSA, l’agence fédérale chargée de la sécurité routière. Il s’agit déjà du troisième rappel concernant la jeune gamme électrique de Can-Am.

Trois rappels en moins de deux ans

Le dernier problème concerne 577 motos aux États-Unis. En cause : le grand écran tactile de 10,25 pouces installé sur les Can-Am Pulse et Origin. Celui-ci peut cesser de fonctionner.

Le souci ne concerne pas seulement le confort. Plusieurs informations et fonctions essentielles passent par cet écran. En cas de panne, la moto peut ne plus répondre aux exigences réglementaires américaines. La NHTSA estime aussi que le problème peut augmenter le risque d’accident.

Ce rappel s’ajoute à deux campagnes lancées dès 2025, année du début de la commercialisation. La première concernait un support de frein avant défectueux. Celui-ci pouvait entraîner une perte de contrôle. La seconde touchait la batterie principale. De l’eau pouvait pénétrer dans son carter, avec un risque potentiel d’incendie.

Trois rappels en moins de deux ans pour une gamme composée de seulement deux modèles : le bilan commence à peser lourd.

Ecran de la moto électrique Can-Am Pulse
Aux Etats-Unis, près de 600 motos électriques Can-Am sont rappelées pour un souci au niveau de l’écran.

Moins de 600 motos vendues aux États-Unis ?

Les nouvelles ne sont guère meilleures du côté commercial. Dans une analyse publiée par le site britannique Buck City Biker, Michael Uhlarik estime que moins de 600 Can-Am Pulse et Origin des millésimes 2025 et 2026 auraient été écoulées aux États-Unis. Le designer moto a travaillé par le passé pour BRP.

Ce chiffre n’est toutefois pas officiel. BRP ne communique pas ses ventes modèle par modèle. L’estimation repose sur le croisement des données de rappel de la NHTSA et des stocks observés dans le réseau américain. Un autre indicateur interpelle également : le niveau des remises.

Les motos encore disponibles chez les concessionnaires seraient proposées avec des réductions moyennes proches de 34 %. Certains distributeurs approcheraient même les 50 %. De telles remises sont rarement associées à un lancement commercial réussi.

En France aussi, Can-Am a déjà fortement baissé ses prix

Les difficultés ne semblent pas limitées au marché américain. En France, Can-Am avait déjà revu les tarifs de ses motos électriques à l’été 2025. La marque avait alors abaissé de 3 000 euros le prix de ses deux motos électriques.

La Pulse était ainsi passée à 12 999 euros et l’Origin à 13 599 euros.

À l’époque, Antoine Clémot, directeur marketing EMEA de Can-Am, reconnaissait auprès de Cleanrider que le marché de la moto électrique était « en difficulté ». Selon lui, la marque devait « s’adapter à la demande, et non l’inverse ».

« En retard, trop cher »… le diagnostic sévère d’un ancien de BRP

Michael Uhlarik n’observe pas la situation de loin. Recruté par BRP il y a dix-sept ans, il avait notamment travaillé sur le Spyder et sur le projet moto du groupe, alors encore embryonnaire.

Son diagnostic est particulièrement sévère. Selon lui, les motos électriques Can-Am sont arrivées trop tard. Elles seraient également trop chères et leur niveau de qualité ne serait pas à la hauteur de leur positionnement.

Il reproche notamment à BRP d’avoir placé les Pulse et Origin face à des marques premium comme BMW, KTM ou Harley-Davidson. Or, selon lui, le niveau de finition ne suit pas. Il cite notamment l’utilisation de nombreux éléments en plastique brut. Il pointe aussi certains composants de freinage relativement simples.

La batterie constitue une autre de ses principales critiques. Avec 8,9 kWh de capacité, elle offre 130 km d’autonomie en cycle mixte sur la Pulse et 115 km sur l’Origin. Ces chiffres nous avaient déjà laissés sur notre faim lors de l’annonce des prix et caractéristiques définitifs en 2024.

À titre de comparaison, certaines concurrentes électriques premium disposent de batteries plus importantes. Certains modèles Zero atteignent environ 14 kWh, contre 10,5 kWh chez LiveWire.

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Une conception sophistiquée qui complique les réparations

Le designer critique également l’ergonomie des commandes. Le commodo gauche concentre trois interrupteurs à bascule et quatre boutons de navigation. À cela s’ajoutent les commandes habituelles du klaxon, des clignotants et des feux.

Mais sa critique la plus technique concerne le groupe motopropulseur. Can-Am a intégré la batterie dans une imposante structure en aluminium. Celle-ci joue également un rôle porteur dans la moto. Le refroidissement et une partie de l’électronique de puissance y sont aussi intégrés. Elégante sur le plan de l’ingénierie, cette solution peut fortement compliquer les interventions en atelier. Pour accéder à certains composants, une grande partie de la moto doit ainsi être démontée. Le rappel concernant les infiltrations d’eau dans la batterie a justement mis en lumière cette complexité.

Des motos pourtant convaincantes à conduire

Le paradoxe est que les qualités dynamiques des motos électriques Can-Am ne sont pas forcément en cause. Lors de notre essai complet de la Can-Am Pulse, nous avions apprécié sa facilité de prise en main. Son comportement joueur, son design et ses performances nous avaient également séduits. Avec un 0 à 100 km/h annoncé en 3,8 secondes, la Pulse ne manque clairement pas de caractère.

Mais un essai réalisé sur une journée ne permet pas de juger la fiabilité sur plusieurs années. Il ne dit rien non plus de la facilité d’entretien ou du coût des opérations lourdes en atelier. Or, c’est précisément sur ces points que les rappels successifs viennent aujourd’hui assombrir le tableau.

Un pari coûteux pour BRP

Pour BRP, l’enjeu est important. Le groupe a investi dans une motorisation propriétaire, de nouveaux outillages et une production dédiée au Mexique.

Michael Uhlarik s’interroge ainsi sur la capacité du programme à atteindre un jour la rentabilité. Il ne condamne pourtant pas définitivement le retour de Can-Am à la moto. L’ancien collaborateur de BRP rappelle que le groupe québécois a déjà montré sa capacité à rebondir. Il espère donc qu’une prochaine génération pourra corriger les défauts de cette première tentative.

En attendant, la situation peut paradoxalement représenter une opportunité pour certains acheteurs. Avec les baisses de prix déjà appliquées et les remises observées dans le réseau, les Pulse et Origin deviennent financièrement plus intéressantes. Reste toutefois une précaution essentielle : vérifier avant l’achat que les différentes campagnes de rappel ont bien été réalisées.

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