
Une étude néerlandaise mesure précisément l’effort physique fourni sur un VAE selon le mode d’assistance. En mode turbo, le cycliste ne dépense que 25 % de l’énergie nécessaire sur un vélo classique.
Les bénéfices santé du vélo électrique ne sont pas aussi évidents qu’on le pense. Jasper Reenalda, chercheur en sciences du mouvement, et Erik Maartens, ingénieur biomédical à l’université de Twente aux Pays-Bas, ont voulu quantifier l’effort réel fourni par les utilisateurs de VAE. Leur constat et on s’en doutait : tout dépend du mode d’assistance choisi.
Jusqu’ici, la plupart des études sur le sujet provenaient de pays où le vélo n’est pas ancré dans les habitudes quotidiennes. Dans ces contextes, le VAE remplace souvent la voiture ou les transports en commun, ce qui améliore automatiquement le niveau d’activité physique. Mais aux Pays-Bas, et de plus en plus en France, la situation est inverse : le vélo électrique se substitue au vélo traditionnel. Les conséquences sur la condition physique restaient floues.
Pour mesurer précisément l’effort fourni, les chercheurs ont équipé un home-trainer de capteurs de puissance au niveau des pédales. Les cyclistes portaient un cardiofréquencemètre et un masque à oxygène. La consommation d’oxygène permet d’évaluer le travail réalisé par l’organisme. Ce protocole a été testé en laboratoire avant d’être déployé sur piste d’athlétisme, puis en conditions réelles de circulation.
Les résultats sont sans appel. En mode turbo, avec l’assistance maximale, le cycliste ne consomme qu’environ 25 % de l’énergie nécessaire sur un vélo classique. La fréquence cardiaque et l’apport en oxygène restent proches des niveaux de repos. En mode éco, l’effort reste substantiel : entre 70 et 77 % de l’énergie d’un vélo traditionnel. Les chercheurs estiment qu’à ce niveau, il est possible d’atteindre les 150 minutes d’activité physique modérée recommandées chaque semaine par l’Organisation mondiale de la santé, à condition de parcourir des distances suffisantes.
Aux Pays-Bas comme en France, le vélo électrique ne remplace plus seulement la voiture. Il prend la place du vélo mécanique dans les trajets quotidiens. Cette substitution change la donne : là où le VAE générait un bénéfice santé net en incitant à abandonner l’automobile, il peut désormais réduire l’activité physique réelle des usagers qui auraient autrement pédalé sans assistance.
En France, les ventes de vélos électriques ont dépassé les 800 000 unités en 2024, confirmant une progression continue. Ce succès commercial pose une question de santé publique : si une part croissante de ces acheteurs délaisse le vélo classique, quel est l’impact global sur leur condition physique ? Les chercheurs néerlandais soulignent que beaucoup d’utilisateurs ignorent à quel point le moteur prend le relais en mode turbo, et combien d’effort ils perdent en contrepartie.
Pour les enfants, la réponse est tranchée : ils ont besoin d’un maximum d’activité physique pour développer leurs capacités motrices. Le VAE n’apporte généralement rien sur ce plan. Chez les adolescents et jeunes adultes, tout dépend de l’alternative. Un lycéen qui parcourt 20 km et serait sinon conduit en voiture gagne à utiliser un VAE. Celui qui habite à 5 km et roulerait autrement sur un vélo classique perd au change.
Pour les seniors, le vélo électrique peut maintenir la mobilité et encourager la pratique cycliste là où elle aurait cessé. Les personnes en situation de handicap ou avec des limitations physiques retrouvent une autonomie de déplacement grâce à l’assistance au pédalage. Dans ces cas, même en mode turbo, l’activité reste préférable à la sédentarité totale.
Les chercheurs appellent de leurs vœux un système d’assistance adaptatif, baptisé « assist as needed ». Le moteur ajusterait son intervention en fonction de la fréquence cardiaque, mesurée par une montre connectée. Il n’interviendrait que lorsque nécessaire : face au vent, en côte ou si le rythme cardiaque monte trop. Ce type de technologie existe déjà sur certains vélos de course électriques haut de gamme, mais les fabricants ne semblent pas pressés de la démocratiser. En attendant, Reenalda et Maartens recommandent de réserver le mode turbo aux situations où il est indispensable, et de privilégier le mode éco le reste du temps. La tentation du confort maximal reste forte, mais la conscience de l’effort réellement fourni pourrait changer les comportements.
Source : Université de Twente
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