AccueilVélo électriqueIls montaient déjà à deux sur les vélos... comment cette ville normande a transformé l’infraction en innovation

Ils montaient déjà à deux sur les vélos... comment cette ville normande a transformé l’infraction en innovation

À Cherbourg-en-Cotentin, de plus en plus d’habitants enfreignaient la règle en montant à deux sur les vélos en libre-service. Plutôt que de multiplier les sanctions, la collectivité a choisi de créer un nouveau service conçu pour répondre à cet usage. Une première en France qui pourrait bien inspirer d’autres territoires.

Officiellement, les vélos en libre-service sont conçus pour transporter une seule personne. Pourtant, à Cherbourg-en-Cotentin, la réalité du terrain racontait une autre histoire.

Au fil des mois, les exploitants du réseau Cap Cotentin ont observé un phénomène récurrent : des usagers voyageaient régulièrement à deux sur les vélos disponibles en station. Une pratique interdite, mais surtout révélatrice d’un besoin que l’offre existante ne couvrait pas.

Pour de nombreuses collectivités, la réponse aurait sans doute été simple : renforcer les contrôles et rappeler les règles. Dans le Cotentin, les élus et l’opérateur ont préféré s’interroger sur la cause plutôt que sur la conséquence. Et si ces infractions répétées étaient en réalité le signe qu’un nouveau service était nécessaire ?

La réponse est arrivée le 30 mai 2026 avec le lancement de vélos longtail électriques en libre-service. Concrètement, ces vélos allongés permettent de transporter un passager, des enfants ou encore des courses grâce à un porte-bagages arrière renforcé. Pour l’usager, rien ne change. Réservation, déverrouillage, restitution et tarification restent les mêmes, à 1 euro/heure.

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Ce que Lyon et Pony n'avaient pas encore fait

Le longtail en libre-service n’est pas une idée neuve. Pony revendiquait dès 2021 le premier longtail en partage dans le monde avec son Double Pony, un biplace en free-floating déployé dans plusieurs villes françaises. La Métropole de Lyon avait de son côté testé des vélos cargos en libre-service dès 2023, via l’opérateur néerlandais Cargoroo. Mais dans les deux cas, pas de station fixe, pas d’ancrage sécurisé, pas de recharge intégrée au réseau existant. C’est précisément cette combinaison – longtail + station automatisée + recharge en dock + système d’ancrage intelligent – que le Cotentin déploie pour la première fois en France.

Un vélo conçu à partir d’une feuille blanche

Adapter un longtail au libre-service en station ne s’improvise pas. L’opérateur Ecovelo, présent dans 35 territoires, et Douze Cycles, qui présentait récemment son nouveau LT24, ont dû repenser le modèle existant de fond en comble : cadre renforcé pour supporter jusqu’à 80 kg en porte-bagages, boîtier connecté intégré, motorisation adaptée à l’usage intensif, géolocalisation GPS, antivol embarqué, éclairage renforcé — et compatibilité totale avec les stations déjà en place. De l’idée à la mise en service : neuf mois.

Le vélo qui en résulte a peu à voir avec un longtail de série. C’est un engin conçu dès l’origine pour un service public intensif, pas une adaptation d’un modèle grand public. Côté autonomie, la batterie amovible offre 60 km selon le fabricant – suffisant pour les usages quotidiens visés.

Des usages qui justifient l’investissement

Ce qui rend ce projet crédible au-delà de la première médiatique, c’est le contexte dans lequel il s’inscrit. Le réseau Cap Cotentin n’est pas un territoire qui teste le vélo libre-service pour la première fois : les trajets mensuels sont passés de 2 000 à 10 000 entre 2024 et 2025, et le premier trimestre 2026 tourne à 30 000 trajets/mois – soit une projection de 300 000 trajets sur l’année. Le réseau compte 430 vélos en libre-service et 2 000 en location longue durée, dont déjà 135 longtails – avec liste d’attente. C’est ce succès de la location longue durée du longtail qui a convaincu la collectivité que le format était mûr pour le libre-service.

Pour l’instant, une quinzaine de longtails rejoignent les stations. Le tarif unitaire du vélo tourne autour de 4 000 à 4 500 €, soit sensiblement plus qu’un VAE classique de libre-service – un surcoût que les chiffres d’usage semblent justifier.

Un modèle 100 % réplicable

La vraie question n’est pas de savoir si Cherbourg a réussi son coup de comm’ – c’est évident. C’est de savoir si d’autres territoires peuvent s’en inspirer. Pour EcoVelo, la décision reste entre les mains des collectivités. La technologie est désormais disponible, l’expérience utilisateur est unifiée avec le reste du réseau, et le système est conçu pour être répliqué. Pour les collectivités qui ont déjà un réseau de libre-service en station et une demande latente pour le transport de passagers ou de charges, le Cotentin a clairement ouvert la voie.

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