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Vélo en entreprise : le marché progresse, mais la pédagogie reste un défi majeur

Source : BeeToGreen

Sous réserve que son entreprise s’y soit engagée, le Forfait Mobilité Durable permet à n’importe quel salarié de financer son vélo grâce à une aide de l’employeur pouvant atteindre jusqu’à 600 euros par an. Un levier encore trop peu connu pour décarboner les trajets domicile-travail que nous détaille Antoine du Teilleul, co-fondateur de BeeToGreen.

Le vélo au travail n’est plus une idée marginale. Mais ce n’est pas encore un réflexe. En France, la part modale du vélo pour les trajets domicile-travail est passée d’environ 3 % il y a six ans à près de 8 ou 9 % dans les grandes agglomérations. Un bond réel et pourtant insuffisant au regard des ambitions de décarbonation des mobilités. C’est précisément dans cet espace que s’est installé BeeToGreen, spécialiste du vélo en entreprise, depuis 2020.

Le principe est simple à résumer, moins à déployer : BeeToGreen accompagne les entreprises dans la mise en place du Forfait Mobilité Durable (FMD), un dispositif qui permet aux salariés de financer l’achat d’un vélo ou d’une trottinette électrique avec une aide pouvant atteindre 600 euros par an. Concrètement, cela passe par un double accompagnement : côté RH pour la mise en place du dispositif, côté collaborateurs pour le choix et l’achat du matériel, via une marketplace de plus de 500 marques.

« Ce qui nous différencie du modèle de vélo de fonction, c’est que ce sont les collaborateurs qui prennent l’équipement à leur nom »,  rappelle Antoine du Teilleul.

Le Forfait Mobilité Durable, kesako ?

Le Forfait Mobilité Durable, ou FMD pour les intimes, est une alternative – ou un complément – au remboursement des transports en commun. Son plafond national est fixé à 600 euros par an, mais des aides régionales et départementales peuvent s’y ajouter. En Île-de-France, par exemple, un salarié peut cumuler 600 euros de son employeur et 400 euros d’aides locales, soit plus de 1 000 euros pour s’équiper. De quoi couvrir une bonne partie d’un vélo de ville électrique d’entrée de gamme ou financer un vélo musculaire de qualité sans débourser un centime.

Le dispositif couvre un spectre large : vélos de toutes sortes (électrique, cargo, pliant, longtail, musculaire), trottinettes électriques, gyropodes, voire skateboards électriques. En revanche, il exclut tout ce qui est motorisé au sens traditionnel : scooters et motos électriques ne sont pas éligibles. L’accessoire, l’assurance et la maintenance entrent également dans le cadre, ce qui en fait un dispositif complet pour lever les freins à la pratique de la mobilité douce au quotidien.

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500 entreprises, 40 000 vélos cette année

Les chiffres de BeeToGreen donnent une idée de l’ampleur du potentiel : 500 entreprises clientes, 130 000 inscrits sur la plateforme, 25 000 collaborateurs équipés l’an passé, et un objectif de 40 000 pour 2026. La croissance est là, mais elle ne vient pas toute seule.

Car le FMD n’est pas obligatoire. Contrairement au remboursement des transports en commun, son déploiement reste à la discrétion de l’employeur. Ce détail change tout : avant même de parler au salarié, il faut convaincre les décideurs et les RH. « On évangélise, c’est notre rôle », assume le co-fondateur de BeeToGreen.

Webinaires, communications internes, journées d’essai sur site, ateliers… au-delà de convaincre l’employeur, la sensibilisation des salariés reste un axe majeur pour l’entreprise. Et ça marche ! Exemple concret : le jour de notre interview, l’équipe BeeToGreen était justement chez Naval Group à Toulon pour une journée de mise en selle. Bilan : six collaborateurs convaincus à l’issue de la session. « C’est long, ça demande du temps et de l’accompagnement. Il faut prendre les collaborateurs par la main », reconnaît le responsable de BeeToGreen qui assume une stratégie essentiellement concentrée vers les grands groupes, plus sensibles sur les questions de décarbonation tout en offrant plus de volume sur un seul et même contrat.

Sans surprise, l’adoption est plus forte dans les grandes agglomérations, là où les infrastructures cyclables existent. « Dès qu’il manque des pistes cyclables, l’adoption chute immédiatement », observe notre interlocuteur. Le profil des utilisateurs est légèrement masculin (60/40), et couvre un spectre très large, du salarié logistique en entrepôt au cadre en région parisienne.

Antoine du Teilleur, co-fondateur de BeeToGreen

La trottinette largement en tête

Que choisissent les salariés quand ils ont accès au FMD ? Si on pouvait penser que le vélo aurait les faveurs des salariés, ce sont les trottinettes électriques qui représentent 50 % des volumes écoulés par BeeToGreen. Arrivent ensuite les vélos électriques et les vélos musculaires, à respectivement 30 et 20 %. « La trottinette séduit par sa modularité » justifie Antoine du Teilleul. « On peut la ramener chez soi, monter des escaliers avec, prendre le RER ou le train. C’est beaucoup plus simple qu’un vélo », complète-t-il.

Côté vélos, les modèles de ville classique restent la référence, mais les tendances pointent vers le longtail et le cargo, portés par les usages familiaux.

Le silence des politiques, symptôme d’un arbitrage électoral ?

Lorsque nous l’interrogeons sur l’étonnante absence du vélo des récents discours politiques, Antoine du Teilleul n’esquive pas la question. Alors que le vélo a progressivement disparu des discours officiels après l’élan post-covid, le co-fondateur avance une explication d’un pragmatisme désarmant : « Les gens qui votent le plus en France aujourd’hui, ce sont ceux qui sont nés après-guerre. C’est une population à 100 % en voiture. Donc c’est tout à fait normal que les politiques ne parlent plus de vélo car ce n’est pas cet électorat qui va leur faire gagner les élections », analyse-t-il.

Résultat : les centaines de millions promis pour les pistes cyclables se sont évaporés dans les arbitrages budgétaires. « Ça reviendra peut-être en 2028 », nuance-t-il. En attendant, BeeToGreen poursuit son travail de pédagogie,  entreprise par entreprise, salarié par salarié, tout en assurant son développement à l’international.

Déjà présente en Belgique et au Luxembourg, l’entreprise évoque pour 2027 des marchés d’Europe du Sud, sans encore les nommer. Espagne et Italie semblent dans le viseur, avec une culture latine jugée plus proche de la France que des marchés nordiques. L’Allemagne, elle, est explicitement écartée : le marché du leasing vélo y est dominé par des acteurs pesant plusieurs milliards de chiffre d’affaires. « Ce n’est pas un choix stratégique d’aller se battre là-dedans », tranche Antoine du Teilleul.

 

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