
Pardonnez la tenue, je sors d’un resto en Allemagne. Nous discutions avec les autres acteurs de la presse vélo de l’intérêt de la douche au boulot. Je me suis dit qu’en cette période de canicule qui nous fait suer à grosses gouttes, pendant que les internautes discutent de l’intérêt de la clim sur X, ce sujet était propre à la consommation des internets.
Reprenons. En France, les trajets domicile-travail pèsent 13 % des émissions de gaz à effet de serre des transports, et 98 % de ce total sort d’un pot d’échappement (merci l’INSEE).
Trois quarts des actifs utilisent leur voiture, pendant que vélo et vélo électrique plafonnent à 3 % des trajets. Plus fun : beaucoup d’utilisateurs de voiture passent du temps à courir pour faire de l’exercice et évacuer la pression quotidienne. Ce trajet domicile-travail réalisé deux fois par jour pourrait faire office de défouloir et permettre de gagner ce temps passé à courir. Mieux, ça permet d’entretenir le cardio, de diminuer le stress d’être en retard à cause d’éléments extérieurs et ainsi de mieux dormir. Puis bonjour les économies d’essence, d’entretien auto, d’eau à payer chez soi. De quoi partir en vacances (par exemple). Tout ça grâce à la possibilité de se doucher sur son lieu de travail.
Voilà pour la théorie de comptoir. Maintenant, passons aux faits.
On a inventé une économie entière (salles de sport, créneaux de 19 h, abonnements jamais rentabilisés, programmes de Tiktokeurs) pour aller transpirer après le boulot, parce qu’on a passé la journée assis. Et dans le même temps, on s’interdit la seule activité physique gratuite, quotidienne et utile : pédaler pour y aller. Le vélo musculaire, lui, fait suer. C’est tout son intérêt, et tout son problème.
Le vélo à assistance électrique règle la question de la sueur, mais triche sur la dépense. Les chiffres sont nets : à l’assistance, on perd 15 à 35 % de minutes en intensité vigoureuse selon le relief. En mode Turbo, vous faites très peu d’efforts.
L’étude de référence (Buehler, 5 000 actifs suivis) explique qu’avec douche, casier et parking vélo au bureau, on a 4,86 fois plus de chances de venir bosser en pédalant. Le parking seul ne pèse que 1,78. Le hangar à bécanes ne sert à rien si on ne peut pas se laver derrière.
Côté demande, deux salariés de bureau sur cinq franchiraient le pas si les locaux suivaient. Le frein n’est ni la pente, ni la pluie, ni même les pistes. C’est l’absence de pommeau de douche (et de parking sécurisé).
D’après l’étude UK Biobank réalisée sur 263 000 personnes, le vélotaf physique coupe le risque de mortalité toutes causes de 41 % et de 52 % côté cardiovasculaire. Il fait reculer la dépression d’environ 22 % et figure parmi les modes les moins stressants du quotidien. Moins de voitures, moins de bouchons, moins de CO2, moins d’obésité, moins de malades.
Mais pour ça, encore faut-il être présentable au bureau et ne pas sentir le fennec mouillé pendant la journée. Toutefois, créer des douches dans des locaux de travail n’est pas à la portée de toutes les boîtes. C’est cher, ça engendre des files d’attente à 9 h du mat, et ça risque de réserver le vélotaf aux cadres sportifs déjà convaincus. Quoiqu’à côté des subventions à tout va, du leasing social (basé sur le déplacement vers son lieu de travail et la faiblesse des revenus), du prix des forfaits Navigo remboursés à 50 %, du coût des maladies et des arrêts maladie, le prix de ces douches peut rapidement être rentabilisé.
Contrairement aux apparences, cette idée n’est pas si capillotractée. Vous comme moi, cherchons à joindre l’utile à l’agréable, à systématiquement gagner du temps et économiser de l’argent. Surtout dans le cadre d’une routine offrant 506 opportunités (2 trajets, 253 jours ouvrés) par an de faire faire boom boom au palpitant.
Reste à convaincre les entreprises que la douche sauvera le monde et (surtout) leur économie.
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