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Vélo : 201 faillites en 2025, un record qui ne dit pas que le secteur s'effondre

Intérieur d'un magasin de vélos rempli de vélos alignés et suspendus, illustration de notre enquête sur les faillites d'entreprises du vélo en France
Le secteur compte deux fois plus d'entreprises qu'avant 2019, pour un marché qui recule. Photo d'illustration.

Avec 201 faillites d’entreprises du vélo, 2025 signe un record depuis 2008. Nous avons dépouillé dix-neuf ans de jugements des tribunaux de commerce : rapporté à la taille du secteur, ce record revient très exactement à la moyenne d’avant la bulle.

Jamais les tribunaux français n’avaient prononcé autant de jugements contre des entreprises du vélo. En 2025, il y en a eu 201. Davantage qu’en 2012, davantage qu’au plus fort de la crise financière de 2008.

Précisons tout de suite de quoi l’on parle, car le mot secteur cache des réalités très différentes. Notre comptage réunit les fabricants de vélos et de vélos électriques, les équipementiers qui leur fournissent moteurs et batteries, les réseaux de magasins à l’échelle nationale, les boutiques indépendantes de centre-ville et les ateliers de réparation ou de location. Un fabricant qui emploie cinquante personnes et un atelier tenu par une seule compte chacun pour une entreprise. Quelques noms connus ont fait les titres ces deux dernières années, le fabricant Starway placé en redressement judiciaire, O2feel, ou encore le réseau de magasins Cyclable et iWeech. Mais l’essentiel du chiffre vient d’ailleurs, de commerces dont personne n’a parlé.

Reste à savoir ce que ce record signifie vraiment. Et pour le comprendre, une image vaut mieux qu’un tableau. Imaginez une ville qui comptait dix boulangeries, et qui en compte vingt cinq ans plus tard. Avant, une seule fermait chaque année. Désormais, deux ferment. Le nombre de fermetures a doublé, on pourrait écrire que la boulangerie va mal, et pourtant le métier n’est pas devenu plus périlleux. Il y a simplement deux fois plus de boulangeries susceptibles de tomber.

C’est très exactement ce qui est arrivé au vélo. Entre 2016 et 2021, portée par le boom de l’électrique, les aides à l’achat et l’après confinement, la création d’entreprises du secteur a explosé. Le nombre d’acteurs a doublé, et il n’est pas redescendu depuis. Un secteur deux fois plus grand produit mécaniquement deux fois plus de faillites, sans être devenu deux fois plus malade.

Cela ne signifie pas que tout va bien, et c’est là que l’affaire se corse. Pendant que le nombre d’entreprises restait au double de son niveau d’avant, le marché du vélo, lui, s’est mis à reculer. Il y a donc plus de convives à table, et moins dans les assiettes. La tension est réelle, mais elle ne se lit pas là où on la cherche d’habitude.

Voilà l’essentiel. Pour qui veut entrer dans le détail, la suite expose nos calculs.

Graphique des ouvertures de procédure collective dans le secteur du vélo en France, avec un record de 201 en 2025 contre une moyenne de 97 par an entre 2008 et 2018
Les ouvertures de procédure collective dans le vélo, par année de jugement. Source : Cleanrider, d’après l’API BODACC.

Faillites du vélo : un record que rien n’égale depuis 2008

Nous avons dépouillé dix-neuf années complètes du BODACC, le bulletin officiel où sont publiés les jugements des tribunaux de commerce. En comptant les sociétés distinctes, et par année de jugement plutôt que de publication, le secteur du vélo a connu 201 ouvertures de procédure collective en 2025. Une procédure collective, c’est le terme juridique qui englobe la sauvegarde, le redressement judiciaire et la liquidation.

Le chiffre est sans précédent dans la période. La moyenne annuelle des onze années d’avant la bulle, de 2008 à 2018, s’établit à 97. Le précédent sommet, atteint en 2012, plafonnait à 121. Autrement dit, 2025 double la normale d’avant et dépasse de deux tiers le pire millésime connu jusqu’ici.

Un mot sur 2026, car c’est là que beaucoup se trompent. À la date de notre relevé, début août, le compteur de l’année en cours est au même niveau que celui de 2025 à la même date, très légèrement en dessous. Ce n’est donc pas, pour l’instant, une aggravation. Et le bulletin paraissant avec une à trois semaines de décalage, les toutes dernières semaines restent incomplètes.

Le secteur a doublé, et il n’est pas redescendu

C’est l’autre moitié de l’histoire, et celle que personne ne regarde. Avec la même méthode appliquée aux immatriculations, le vélo enregistrait environ 174 créations d’entreprises par an avant 2019. En 2021, année du pic, il en a enregistré 661, soit près de quatre fois plus. La bulle n’est pas une figure de style, elle est mesurable.

Depuis, le flux a reflué, sans revenir à son point de départ. En 2025, le secteur a créé de l’ordre de 350 entreprises, soit environ la moitié du pic, mais encore le double de la moyenne d’avant la bulle. Le vélo n’a pas dégonflé jusqu’à sa taille de 2018. Il s’est stabilisé à un niveau structurellement plus élevé, avec beaucoup plus d’acteurs qu’il y a dix ans.

Graphique en balance comparant les créations d'entreprises du vélo aux faillites de 2008 à 2025, avec un pic de créations à 661 en 2021
Les créations et les faillites ont doublé dans les mêmes proportions. Source : Cleanrider, d’après le BODACC.

Une mise en garde : les décomptes bruts de créations d’entreprises font apparaître un effondrement à partir de 2025, jusqu’à quatre fois moins qu’en 2024. Cette chute n’existe pas. Elle résulte d’un biais que nous avons identifié et corrigé, et sans cette correction les chiffres de créations des trois dernières années sont inexploitables.

Rapporté à sa taille, le vélo ne meurt pas plus qu’avant

Une fois les deux séries mises côte à côte, le résultat est presque troublant. De 2008 à 2018, le secteur créait en moyenne 1,79 entreprise pour chacune qui tombait. En 2025, année record des faillites, ce même rapport s’établit à 1,78. Rapportée à la taille du secteur, la mortalité des entreprises du vélo est revenue exactement à sa normale d’avant la bulle.

Nous avons voulu tester l’intuition inverse, celle qui voudrait que les entreprises nées pendant la bulle soient les plus fragiles. Elle ne résiste pas. Parmi celles qui sont tombées depuis deux ans et dont nous avons pu dater la naissance, 43,8 % ont été immatriculées entre 2019 et 2022. Or cette génération représente déjà 43,0 % de toutes les créations du secteur depuis 2008. Elle ne défaille donc ni plus ni moins que les autres.

Répartition par année d'immatriculation des 210 entreprises du vélo entrées en procédure depuis août 2024, avec un pic en 2021
Les entreprises qui tombent sont majoritairement nées pendant la bulle, sans y être plus vulnérables. Source : Cleanrider, d’après le BODACC.

Ce que ces entreprises ont en commun n’est pas une faiblesse particulière, c’est un âge. L’âge médian au moment du jugement est de 5,7 ans. La bulle ne paie pas une facture morale, elle rend simplement des entreprises en proportion de celles qu’elle avait fait naître.

Ce qui a vraiment changé, c’est le marché

Si la mortalité relative n’a pas bougé, la pression, elle, s’est déplacée. Selon l’Observatoire du cycle publié par l’Union sport et cycle, 1,84 million de vélos ont été vendus en France en 2025, en recul de 6 %, et le segment électrique a reculé de 16 %. La filière pèse toujours nettement plus qu’en 2019 en valeur, mais elle se contracte en volume.

C’est là le vrai déséquilibre. Le nombre d’entreprises est resté au double de son niveau d’avant la bulle, quand le marché a commencé à rétrécir. Une mortalité stable dans un marché en croissance n’a pas la même signification qu’une mortalité stable dans un marché qui recule. Le second cas annonce une consolidation, et c’est déjà ce que l’on observe avec les rachats d’acteurs français par leurs concurrents ou les difficultés d’un géant européen comme Accell.

Reste une question que ces chiffres ne tranchent pas : qui tombe, exactement. Les marques font les titres, mais elles ne pèsent qu’une fraction des dossiers. Nous consacrerons un second article à ce que révèle le détail des 352 entreprises que nous avons recensées une par une, magasins indépendants, réseaux organisés en filiales et géographie de la crise.

Les chiffres clés

IndicateurValeur
Faillites d’entreprises du vélo en 2025201
Moyenne annuelle de 2008 à 201897
Précédent record, en 2012121
Créations d’entreprises en 2021, année du pic661
Créations d’entreprises en 2025environ 350
Créations par faillite : moyenne 2008-2018, puis 20251,79 puis 1,78

Comment nous avons travaillé

Nos chiffres proviennent du BODACC, le bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, où sont publiées les décisions de justice en matière de procédures collectives. Nous l’avons dépouillé sur les années 2008 à 2026, relevé arrêté au 7 août 2026. Aucune donnée n’est estimée : chaque date, chaque tribunal et chaque entreprise provient d’une annonce officielle.

Nous comptons des sociétés distinctes, par année de jugement et non de publication, et nous qualifions chaque dossier sur la nature juridique de la décision. Le périmètre retenu couvre les entreprises dont l’activité relève du vélo, après exclusion des motos, scooters, garages automobiles, coursiers et recycleries. Ce périmètre est une décision éditoriale, pas une évidence, et nous l’assumons comme telle.

Nos chiffres de créations d’entreprises pour 2024, 2025 et 2026 intègrent une correction technique sans laquelle ces trois années sont fortement sous-estimées. C’est la raison pour laquelle nos données diffèrent des décomptes bruts que l’on peut établir sur la même source, et nous les tenons pour plus justes. La série des faillites, elle, ne nécessite aucune correction de ce type : le chiffre de 201 en 2025 est un relevé direct.

Deux réserves enfin. La série longue mesure une tendance, pas un niveau absolu exhaustif. Et un réseau organisé en filiales génère autant de procédures que de magasins, ce qui gonfle tout décompte par personne morale, quelle que soit la méthode employée.

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