AccueilMarchéAccell pourrait être sauvé, mais ses dix marques risquent d’être séparées

Accell pourrait être sauvé, mais ses dix marques risquent d’être séparées

Façade d'un bâtiment d'Accell Group avec les logos Haibike et Winora.
Le site industriel d'Accell Group avec les logos de ses marques phares. © Accell Group

Les signaux d’une reprise du groupe néerlandais Accell, en faillite, se multiplient. L’usine hongroise a redémarré et le singapourien DuTech Holdings apparaît comme le candidat le plus avancé, à quelques jours d’une échéance critique pour les salariés.

Batavus, Sparta, Koga, Haibike, Ghost, Winora, Lapierre, Babboe, Raleigh : le portefeuille d’Accell Group ressemble à un annuaire du vélo européen. Ce poids lourd du secteur, tombé en faillite cet été, fait aujourd’hui l’objet de négociations serrées entre les curateurs et plusieurs candidats à la reprise. Et les signaux positifs s’accumulent.

Le groupe néerlandais traversait déjà une zone de turbulences depuis plusieurs mois, au point de sacrifier certaines de ses marques historiques. L’absorption de Sparta, pionnière du vélo électrique en Europe, dans la marque Batavus avait marqué les esprits bien avant le dépôt de bilan. Aujourd’hui, c’est l’ensemble de l’édifice qui joue son avenir.

Un redémarrage industriel qui redonne espoir

Premier signe concret : l’usine hongroise Hunland a rallumé ses lignes d’assemblage après une fermeture forcée. Des vélos sortent à nouveau de la chaîne, une information confirmée publiquement par Tamas Bognar, responsable de production sur le site, et rapportée par nos confrères néerlandais de Nieuwsfiets.

Le tableau reste amer. « Nous avons malheureusement dû dire au revoir à beaucoup de collègues », explique le responsable, qui évoque une équipe réduite chargée de « commencer à reconstruire ». Ce redémarrage partiel montre surtout que les curateurs cherchent à préserver l’outil industriel, un actif bien plus vendable en fonctionnement qu’à l’arrêt.

DuTech Holdings, favori d’un dossier à plusieurs candidats

Parmi les repreneurs potentiels, DuTech Holdings fait figure de favori. Le groupe singapourien de Johnny Liu discutait déjà avec Accell avant la faillite et avait obtenu le feu vert de l’autorité allemande de la concurrence, le Bundeskartellamt, le 8 juillet 2026. La transaction n’a finalement pas été finalisée début août, un échec qui a précipité le sursis de paiement puis la chute du groupe. DuTech n’a pour autant pas quitté la table.

L’autre candidat annoncé, Quanta Capital, semble avoir disparu des radars. Les curateurs ont par ailleurs signé un accord de backstop avec une partie non identifiée et une majorité de créanciers garantis : un filet de sécurité destiné à permettre la poursuite minimale de l’activité si aucune meilleure offre n’émerge. Les curateurs, eux, restent avares en communication.

Une vente possible marque par marque : le cas Raleigh

Une reprise ne garantit pas la survie du groupe tel qu’on le connaît. Les curateurs peuvent céder les entités, les marques ou les actifs séparément, ce qui ouvre la porte à un démembrement. Lapierre et les filiales allemandes suivent déjà leurs propres procédures de restructuration, en dehors du tronc commun néerlandais.

Le cas Raleigh illustre cette fragmentation. Une rumeur persistante évoque un rachat de la marque britannique par Halfords, mais rien ne le confirme : Accell UK & Ireland a été placée sous administration le 6 août 2026 et les registres britanniques ne montrent aucun transfert de propriété. Halfords distribue déjà des vélos Raleigh, avec des droits exclusifs sur certains modèles, un partenariat antérieur aux difficultés financières du groupe.

Salariés et revendeurs suspendus au calendrier

Pour les salariés, le compte à rebours est enclenché. Ils ont dû restituer voitures de fonction, téléphones et ordinateurs portables, et le maintien des salaires arrive à échéance le 23 septembre 2026. Passé cette date, ils basculent vers l’assurance chômage néerlandaise, ce qui met une pression maximale sur les négociations.

Côté distribution, le message est à la patience. Eugène Fierkens, conseiller de DuTech qui entrerait au conseil d’administration en cas de succès, décrit un modèle économique « 100 % tourné vers le commerce spécialisé ». Les livraisons de vélos, pièces et accessoires ont d’ailleurs partiellement repris sous conditions strictes, et les revendeurs Accell sont invités à ne pas réorienter trop vite leurs budgets vers d’autres marques.

Un dossier emblématique de la crise du vélo européen

À ce stade, rien n’est signé. Les sources du marché parlent d’une question de jours ou de semaines, mais les curateurs n’ont rien officialisé et le scénario d’une vente éclatée reste sur la table.

La chute d’un acteur de cette taille dit beaucoup des surcapacités et des tensions de trésorerie qui étranglent la filière du vélo électrique depuis la fin de l’euphorie post-Covid. Pour les propriétaires d’un Batavus, d’un Haibike ou d’un Babboe, la vraie question reste celle de l’après : garanties honorées, pièces détachées disponibles, service après-vente assuré. Autant de promesses qui dépendront du repreneur, et du périmètre qu’il acceptera de reprendre.

La suite de votre contenu après cette annonce

La suite de votre contenu après cette annonce


Voir tous les articles