
Le tribunal d’Amsterdam a prononcé le 11 août 2026 la faillite des six sociétés néerlandaises du groupe Accell. Propriétaire de Lapierre, Raleigh, Batavus, Koga, Sparta et Babboe, l’un des plus grands groupes européens du vélo a cessé d’exister juridiquement. Une société d’investissement irlandaise dit préparer une offre sur l’ensemble.
Il y a cinq jours, on écrivait que le groupe Accell s’effondrait. Le mot était encore prudent : la holding néerlandaise bénéficiait d’un sursis de paiement, une protection temporaire censée laisser le temps de négocier. Le 11 août, le tribunal d’Amsterdam a révoqué ce sursis et déclaré les sociétés en faillite dans le même mouvement, selon l’annonce des deux administrateurs judiciaires désignés, relayée par notre confrère Bike Europe. Il n’y a plus de négociation en cours sous protection. Il y a une liquidation à administrer.
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Les administrateurs judiciaires, Thijs Hekman et Erik Schuurs, expliquent que les sociétés néerlandaises ne pouvaient plus faire face à leurs coûts courants, et pointent la difficulté propre à ce dossier : les entités du groupe, réparties dans plusieurs pays, dépendent les unes des autres à la fois sur le plan opérationnel et sur le plan financier. C’est précisément ce qui rend une solution pays par pays si compliquée à monter, et ce qui explique la cascade de procédures ouvertes en une semaine.
Le syndicat FNV parle de 340 salariés concernés aux Pays-Bas, certains apprenant la nouvelle en vacances. Du côté de la CNV, la négociatrice Nicole Engmann-van Eijbergen résume le sentiment de la filière néerlandaise en une phrase : « il ne restera pratiquement plus rien ». Elle pose surtout la question que tous les magasins européens se posent depuis mardi soir : que deviennent les garanties et les pièces détachées des marques du groupe.
Le détail industriel est le plus cruel du dossier. Les administrateurs indiquent avoir compris que l’usine hongroise, celle vers laquelle la production du groupe venait justement d’être centralisée après la fermeture du site néerlandais, a cessé ses opérations. La rationalisation censée sauver l’outil de production s’arrête donc avant d’avoir produit ses effets.
Ils s’attendent par ailleurs à l’ouverture de procédures d’insolvabilité locales dans plusieurs autres pays. À ce jour, trois filiales ont déjà engagé la leur : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Quelques heures avant l’annonce de la faillite, Quanta Capital, société d’investissement et de gestion d’actifs basée à Dublin, a confirmé à Bike Europe son intérêt pour le rachat de l’intégralité du groupe. Son dirigeant, Mel Sutcliffe, indique que l’offre réunirait plusieurs investisseurs et une institution financière mondiale, sans en dire davantage, et qu’elle pourrait être formalisée en début de semaine prochaine.
Le profil du candidat vaut d’être noté. Ancien coureur de l’équipe nationale irlandaise jusqu’au milieu des années 1990, Sutcliffe a fondé Eurocycles, puis racheté Raleigh Ireland pour bâtir Eurotrek Raleigh Ireland Group, devenu le premier distributeur de vélos d’Irlande. Il l’a vendu à Raleigh et à Accell en 2016. Dix ans plus tard, il veut racheter le groupe auquel il avait vendu son affaire.
Deux réserves s’imposent néanmoins. La première est que rien n’est déposé : il s’agit d’un intérêt confirmé et d’une offre annoncée, soumise à un audit d’acquisition, à des approbations internes et d’investisseurs, et bien sûr à la procédure néerlandaise. La seconde est que cette offre a été préparée avant la faillite, sur un périmètre en sursis de paiement. Les administrateurs le disent eux-mêmes : la décision du tribunal change probablement les termes du problème. Ils étudient de leur côté la possibilité d’un redémarrage, cherchent à maintenir l’activité pour préserver la valeur, et prennent contact avec les fournisseurs clés pour voir si les livraisons aux détaillants peuvent reprendre à court terme.
Vous venez d’acheter un vélo d’une marque du groupe ? En droit français, la garantie légale de conformité, valable deux ans, est due par le vendeur professionnel, c’est-à-dire le magasin qui vous a vendu le vélo, et non par le fabricant. Elle n’est donc pas éteinte par la faillite d’une société néerlandaise. C’est vers votre revendeur qu’il faut se tourner en premier.
Ce qui est en revanche fragilisé, c’est la garantie commerciale du constructeur, qui devient une créance parmi d’autres dans la procédure, et surtout l’approvisionnement en pièces détachées spécifiques : batteries propriétaires, écrans, moteurs intégrés, cadres. Aucune garantie ne couvre l’indisponibilité d’une pièce. Pour un vélo électrique dont la batterie est un modèle propre à la marque, c’est le vrai point de vigilance des prochains mois.
Le 5 août, quatre sociétés allemandes du groupe — Accell Germany, Winora Staiger, Ghost-Bikes et Englebert Wiener Bike Parts — ont déposé une demande d’insolvabilité en auto-administration (Eigenverwaltung) auprès du tribunal de Schweinfurt. Le tribunal a depuis ordonné la procédure et désigné l’avocat nurembergeois Stefan Debus comme administrateur provisoire. Les marques concernées sont Winora, Haibike et Ghost, ainsi que le distributeur de pièces E. Wiener Bike Parts.
La particularité de l’auto-administration allemande est que la direction conserve les rênes opérationnelles, sous la supervision d’un administrateur indépendant. Toutes les activités continuent pour l’instant. L’objectif affiché par les conseils des sociétés est clair : restructurer les opérations allemandes et trouver un investisseur pour les détacher du groupe international.
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Accell UK & Ireland, qui opère la marque Raleigh depuis Nottingham, a déposé un notice of intention to appoint administrators auprès du Companies House britannique. Ce mécanisme offre un moratoire immédiat de dix jours ouvrés pendant lequel les créanciers ne peuvent pas agir contre l’entité. Une fenêtre courte, mais suffisante pour explorer une restructuration locale ou une cession de la marque en tant qu’entreprise en activité. Raleigh, fondée en 1885, est l’une des plus anciennes marques de vélo au monde, et ce patrimoine constitue probablement son principal argument auprès d’un repreneur.
La situation de Cycles Lapierre à Dijon se lit désormais différemment. La société a déposé le 5 août une demande d’ouverture de redressement judiciaire, sur laquelle le tribunal de commerce se prononce le 25. À l’origine, William Perrier cherchait un investisseur pour la seule entité française afin de la détacher d’une holding en sursis de paiement. Il plaidera finalement devant le tribunal avec un actionnaire non plus en difficulté, mais en faillite.
Ce n’est pas un détail de procédure. Une filiale dont la maison mère est liquidée n’a plus d’actionnaire susceptible de la recapitaliser, mais elle n’a plus non plus d’actionnaire susceptible de s’opposer à sa cession. Pour une entité industrielle avec un site, une équipe et une marque qui compte dans le vélo français, cette clarification peut jouer dans les deux sens.
Il faut redire ce que cette faillite n’est pas. Elle n’est pas la preuve que le marché du vélo s’effondre. Notre recensement des défaillances du secteur a montré que le record de faillites de 2025 s’explique d’abord par un secteur qui a doublé de taille sans redescendre, et non par une hécatombe généralisée.
Ce qui a lâché chez Accell, c’est un montage financier. Racheté en 2022 par un consortium mené par le fonds KKR pour 1,56 milliard d’euros au sommet exact de l’euphorie post-Covid, le groupe a dû porter lui-même le remboursement de sa propre acquisition. Quand la demande s’est retournée, la dette est restée : 1,2 milliard d’euros en 2024. Le rachat par l’investisseur singapourien DuTech, pourtant validé par les autorités de concurrence allemande, polonaise et autrichienne, a échoué avant d’être conclu. C’est cet échec qui a précipité le sursis de paiement du 5 août, puis la faillite du 11.
Pendant les mêmes années, d’autres groupes ont reculé, fermé des usines, supprimé des postes, sans jamais aller devant un tribunal. La différence ne s’est pas jouée pendant la crise. Elle s’est jouée au moment où chacun a décidé comment financer sa croissance.
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