AccueilVélo électriqueLucidité, vélos sous perfusion et SUV sous subventions... quand la rentrée déraille

Lucidité, vélos sous perfusion et SUV sous subventions... quand la rentrée déraille

Un adage vérifié, le vélo musculaire perfusé par le VAE et l’obésité automobile plébiscitée : le Dérailleur ne pouvait commencer l’année en douceur. Alors attaquons trois sujets d’un coup, parce que pourquoi pas ?

Il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis

Premièrement, l’arrivée du moteur en moyeu de roue arrière nommé Hub Line, signé Bosch, est d’ores et déjà adopté par Moustache dans le nouveau Lundi 27. Un joli retournement de veste après avoir regardé d’un œil critique ce type de motorisation. « Trop mobylette, pas assez vélo » entendait-on dans le milieu. Le marché, qui n’était pas de cet avis, a eu raison de cette position. Finalement, les utilisateurs sont conquis, car le poids comme le prix sont revus à la baisse. C’est à saluer de la part des deux marques qui ont su revoir leur vision, sans pour autant travestir leur identité (qualité de production, efficacité et sensations), puisque le Moustache Lundi 27 Hub Line est une réussite d’après Mathieu (et je peux le confirmer).

Ce genre d’adaptation est un fait assez rare dans l’industrie pour être salué, puisque généralement, c’est bâclé et balancé à l’arrache. Puis à un moment, si on veut permettre à tout le monde de rouler à vélo, il faut être accessible à tous. CQFD.

Le vélo musculaire sous perfusion électrique

On enchaîne par le vélo musculaire qui signerait presque sa rubrique nécrologique quand on voit ce qu’il se passe chez Accell Group. Pourtant, sur plus d’1,8 million de vélos neufs écoulés l’an dernier, le biclou mécanique représente encore plus de 70 % des volumes, permettant aux puristes de se pavaner en agitant le cuissard, les mollets reluisants.

Mais qui achète ces vélos sans moteur ? Les parents en offres à leurs enfants pour aller se défouler au parc, et les cadres sup’ qui s’offrent un Gravel (75 000 unités) à 3 000 balles pour aller transpirer sur les chemins forestiers le dimanche matin, affichant fièrement leur sortie sur Strava, tels des ados à la recherche de likes sur Insta.

Mais sorti du parc pour enfants et du concours de bitume du dimanche matin, le musculaire est sous perfusion. Pour les vrais trajets du quotidien, pour aller bosser le matin sous la grisaille sans sentir le fennec à la réunion de 9 h, c’est le vélo électrique à assistance électrique (VAE) qui a pris le pouvoir. De fait, si le musculaire fait du volume, c’est le VAE qui paie les salaires en générant près de 60 % du chiffre d’affaires.

Le vélo mécanique (ou musculaire peu importe), est juste redevenu ce qu’il était, avant de se prendre pour le sauveur de la mobilité urbaine : un article de sport. Et le futur à 2,50€ le litre de SP95 va accentuer cette tendance envers les vélos à piles. Pour le plus grand bonheur des rues et des enfants qui traversent sans regarder.

L’hypocrisie de Bruxelles : subventionner l’obésité sur roues

On nous rebat les oreilles avec l’encombrement urbain et le poids critique des batteries. Les politiciens nous expliquent, trémolos dans la voix (ils font ça bien), qu’il faut drastiquement réduire la taille de nos véhicules pour sauver nos rues congestionnées. Paris a même fait un malus au poids pour les véhicules.

C’est donc dans une logique toute politique que ces personnes ont décidé d’exclure purement et simplement les catégories les plus légères des incitations financières.

Aujourd’hui, vous pouvez allègrement bénéficier d’un généreux coup de pouce étatique pour l’achat d’un rutilant SUV électrique de deux tonnes embarquant une batterie de 80 kWh pour déplacer un individu de 75 kg sur huit kilomètres. La bureaucratie s’en félicite en sirotant un thé matcha bio acheté très cher donc forcément équitable.

Mais de l’autre côté du spectre, les quadricycles légers, ces microcars qui cochent pourtant toutes les cases du pragmatisme urbain, qui conviennent aux personnes âgées qui veulent juste faire leurs courses en ville. Qui sied aux ados qui veulent pécho, se déplacer et encore pécho. Qui sont utiles aux personnes qui ne feront jamais de grands trajets. Bref, le genre d’engins adapté à tout un panel d’usages qui n’a pas pour réponse magique la trottinette ou le vélo. Ces engins sont abandonnés sur le bas-côté de la subvention (dont le concept même est discutable d’ailleurs, mais c’est une autre histoire qui nécessite des notions d’économies qui semblent avoir échappé à ceux qui font ces lois).

Une Microlino, une Fiat Topolino ou un Mobilize Duo, qui pèsent à peine le poids d’une portière de SUV allemand, ne rentrent pas dans les grilles de Bruxelles.

C’est l’hôpital européen qui se moque de la charité urbaine. Les législateurs pleurent sur la pollution et l’engorgement de nos centres-villes, mais ignorent la vraie micro-mobilité.

D’un autre côté, ces textes sont pondus par des gens qui confondent l’automobile avec le salon roulant depuis lequel ils les rédigent. Il en oublient la fameuse loi de l’énergie cinétique et que l’automobile, malgré des milliards dépensés, des radars, ADAS intégrées de force, airbags qui ne font pas « tiktakata » et un siècle d’innovation, trône au sommet des engins les plus mortels, devant les avions, les trains, les bateaux, les trottinettes, les vélos et tous les EDPM réunis.

Donc, on finance l’obésité automobile sous couvert de verdissement. On pénalise le citoyen prêt à renoncer à son confort, et on encourage l’aberration consistant à déplacer une montagne d’acier pour chercher du pain. Une vaste farce administrative.

Vous me direz, ça permet, d’une certaine manière, de financer les climatisations, tout en crachant dessus en faisant croire qu’il faut souffrir pour sauver la planète. Un habile tour de passe-passe. Mais avec un tarif d’entrée situé entre 15 et 40 k€, ça fait cher le spectacle de magie.

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