
Canyon, Specialized, SRAM et plusieurs autres poids lourds du cyclisme veulent parler d’une seule voix sur les questions sociales et environnementales. Ensemble, ils viennent de publier un code de conduite pour la chaîne d’approvisionnement du vélo destiné à harmoniser les standards du secteur.
L’initiative marque un tournant pour une industrie longtemps habituée à fonctionner en ordre dispersé. Canyon a piloté le développement de ce Supply Chain Code of Conduct avec l’organisation Shift Cycling Culture et plusieurs grands noms du marché. L’objectif : créer un référentiel commun sur les droits humains, les conditions de travail et la responsabilité environnementale, applicable à l’ensemble des fournisseurs de l’industrie du vélo.
Le projet répond à une problématique très concrète : aujourd’hui, les fournisseurs doivent jongler avec des exigences différentes selon les marques. Ce code unifié vise à simplifier leurs démarches tout en renforçant certains standards. Canyon, malgré ses difficultés récentes, a choisi de porter cette initiative collective plutôt qu’une approche isolée.
Neuf acteurs ont participé à l’élaboration du document : Accell Group (Lapierre, Winora…), Canyon, Pon, Paul Lange, Schwalbe, Specialized, SRAM, Vittoria et le WGSF (World Federation of the Sporting Goods Industry, l’organisation mondiale de l’industrie des articles de sport). Shift Cycling Culture a coordonné le projet en apportant son expertise sur la diligence raisonnable et les droits humains.
Après consultation du document, on découvre un texte particulièrement large dans son approche. Le code couvre aussi bien la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants que la protection des travailleurs migrants, le droit syndical, la limitation du temps de travail ou encore la sécurité au travail. Sur le volet environnemental, les signataires évoquent également la réduction des émissions carbone, la gestion de l’eau et des déchets ainsi que des principes liés à l’économie circulaire.
Le document va même plus loin en évoquant l’encadrement des outils d’intelligence artificielle utilisés dans les ressources humaines afin d’éviter des discriminations automatisées. Oui, même les LLM s’invitent désormais dans les chartes de l’industrie vélo.
Le code insiste aussi sur la notion de « living wage » (salaire décent), avec l’objectif affiché d’aller au-delà du simple salaire minimum légal pour tendre vers des rémunérations permettant réellement de couvrir les besoins essentiels des travailleurs.
Pour les fournisseurs, l’intérêt principal réside dans la standardisation des attentes. L’idée est de réduire les audits et questionnaires multiples imposés par chaque marque afin de concentrer davantage les efforts sur l’amélioration réelle des pratiques.
Les dirigeants des entreprises impliquées mettent en avant une responsabilité collective. Jonas Nilson, PDG d’Accell Group, rappelle que « le vélo fait partie de la solution pour un avenir plus durable ». Sandra Brandt, directrice exécutive de Shift Cycling Culture, salue quant à elle la rapidité du projet, passé « de l’idée à l’exécution » en un an seulement.
Reste que cette initiative conserve certaines limites. Le document repose avant tout sur des engagements volontaires et ne détaille pas de mécanisme indépendant de contrôle ou de certification. Autrement dit, ce nouveau cadre pourrait simplifier les règles du jeu, mais il ne garantit pas à lui seul des changements immédiats dans les usines et chez les sous-traitants.
Autre détail notable : plusieurs acteurs majeurs de la filière mondiale restent absents de l’initiative, comme Shimano, Giant ou Bosch. Le projet ressemble donc davantage à une première base commune qu’à un standard réellement universel.
Le code de conduite de l’industrie du vélo est disponible gratuitement afin de favoriser son adoption par d’autres entreprises du secteur. Une ouverture qui contraste avec d’autres initiatives sectorielles, parfois plus fermées.
La suite de votre contenu après cette annonce