
Quinze mois après un premier rapport dénonçant les conditions de recrutement des travailleurs migrants à Taïwan, un nouveau bilan sectoriel pointe les avancées de l’industrie du vélo. Au moins 10 fabricants ont adopté des politiques de recrutement sans frais en 2025, mais plusieurs acteurs majeurs freinent encore la transformation.
Le journaliste d’investigation danois Peter Bengtsen publie un nouveau rapport exclusivement consacré à l’industrie taïwanaise du vélo, 15 mois après son enquête « Speed Up » qui avait révélé les pratiques de recrutement abusives envers les travailleurs migrants. Ce rapport « Speeding Up » documente les efforts sectoriels engagés depuis, tout en soulignant que la majorité des développements restent au stade des engagements politiques. Bengtsen a entamé un dialogue avec la Taiwan Bicycle Association (TBA) et la Bicycling Alliance for Sustainability (BAS) sur les questions de transparence et de diligence raisonnable dans la chaîne d’approvisionnement.
L’interdiction d’importation imposée par les États-Unis à Giant il y a environ six mois a déclenché un effet domino dans le secteur. Selon Bengtsen, environ 8 millions d’euros ont été remboursés aux travailleurs migrants en 2025 et début 2026. La TBA affirme fin mars 2026 que tous les grands fabricants de vélos et composants participent à son initiative de diligence raisonnable, couvrant 85 % de la capacité de production de ses membres. Le journaliste constate que l’industrie du vélo déploie des efforts collectifs d’une ampleur inédite à Taïwan, supérieurs à ceux observés dans l’électronique ou l’automobile.
Une enquête menée au deuxième trimestre 2026 auprès de plus de 30 fabricants confirme que VP a adopté une politique de recrutement sans frais dès 2022. Tektro Technology a suivi début 2025, puis SRAM, Novatec/Joy Tech et Glory Wheel fin 2025. Sunrise Bicycles et Metal Upward ont franchi le pas en 2026. KMC Chain, Kenda Rubber et Fairly Bike prévoient d’adopter ces mesures d’ici fin 2026, tandis que Velo et Sanfa Bike envisagent une adoption à une date non précisée. Formula Engineering indique également étudier cette option.
À lire aussiConditions de travail, pollution, IA : les géants du vélo veulent changer leurs usinesPeter Bengtsen tempère ces avancées en rappelant que la plupart des développements sectoriels demeurent au niveau politique, composés principalement d’engagements et d’audits. Les plus grands fabricants taïwanais renforcent leurs mesures, mais traduire ces politiques en pratiques opérationnelles reste le défi majeur. Le dialogue engagé avec TBA et BAS porte notamment sur l’amélioration des mécanismes de réclamation et la transparence des chaînes d’approvisionnement. Lors du Taipei Cycle 2026, Young Liu, président du Giant Group et de BAS, a déclaré que respecter les normes internationales constituait une mission et une obligation pour une nation exportatrice.
L’enquête révèle également des résistances notables. Pacific Bicycles, Sunrace/Sturmey-Archer, IDEAL Bike, Wellgo Pedal, A-Pro Tech, SR Suntour, Taya Chain, Acecycles, Co-union Industry et Winning Enterprise n’ont pas répondu à l’enquête ou ont indiqué ne pas envisager l’adoption de politiques sans frais. Bengtsen annonce que des contrôles sur le terrain via des contacts avec les travailleurs seront lancés au second semestre 2026, en priorisant les entreprises non réactives. Ces vérifications permettront de mesurer l’écart entre les engagements affichés et les pratiques réelles dans les usines.
La transformation du secteur progresse à un rythme significatif, mais l’absence d’uniformité pose la question de la crédibilité globale de l’industrie taïwanaise du vélo sur les marchés internationaux. Les contrôles terrain prévus détermineront si les politiques adoptées se traduisent effectivement en améliorations concrètes pour les travailleurs migrants, ou si elles restent des outils de communication destinés à préserver l’accès aux marchés d’exportation.
Source : Peter Bengsten
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