
Cannondale fermera d’ici mi-2027 son siège historique de Wilton, dans le Connecticut, et supprime 143 postes. Le pilotage de la marque part aux Pays-Bas, chez son propriétaire Pon.Bike, qui fusionne pas à pas les équipes de ses marques pour traverser la crise du vélo.
L’annonce est tombée le 21 octobre, d’abord devant les salariés et les revendeurs. Cannondale va fermer ses bureaux de Wilton, la ville du Connecticut où la marque est née en 1971 et dont une gare lui a donné son nom. Le même jour, l’entreprise a déposé auprès du ministère du Travail de l’État un avis de licenciement listant 143 postes. Les premiers départs sont prévus le 21 décembre 2026, les derniers fin 2027.
La liste, détaillée par Bicycle Retailer, montre l’ampleur du chantier : finance, direction Amérique du Nord, marketing, gestion produit, ingénierie, commerciaux en télétravail. « La fermeture et les séparations seront définitives », précise le courrier signé par Maggie Lansdale, vice-présidente monde chargée des ressources humaines de Cycling Sports Group, la branche de Pon qui gère Cannondale. Il ne s’agit pas d’un plan d’économies, mais du démontage d’un siège.

Le chiffre a une résonance particulière dans le Connecticut. En 2013, quand Cannondale avait ramené son siège de Bethel à Wilton, l’État lui avait accordé un prêt de 3 millions de dollars, dont 2 millions effaçables, contre la promesse de garder ses 143 salariés et d’en embaucher 75 de plus. Treize ans après, 143 postes disparaissent. Le périmètre diffère, il inclut des télétravailleurs et des salariés de Pacific Cycle, mais le symbole pique.
Le centre de décision change de continent. Woudenberg, aux Pays-Bas, jusqu’ici siège européen, devient le siège mondial et accueille la direction, le marketing et la gestion produit. La recherche et l’ingénierie restent à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne. En Amérique du Nord, une équipe commerciale et de service client s’installera sur la côte ouest, en Californie selon Bicycle Retailer, là où travaillent déjà Santa Cruz et Cervélo, deux autres marques du groupe.
Le cœur du projet tient dans une ligne du communiqué : d’ici six mois, des commerciaux communs couvriront plusieurs marques Pon.Bike et un vélociste qui vend Cannondale, Santa Cruz et Cervélo n’aura plus qu’un interlocuteur. Pour le groupe néerlandais, qui possède aussi Gazelle, Focus, Kalkhoff ou Urban Arrow, c’est la suite de l’approche « multimarque » lancée en 2025 : achats, production, logistique et ventes mis en commun, les logos restent.
L’année 2026 donne le rythme. En juin, Pon.Bike a annoncé la fermeture de l’usine Cannondale d’Almelo d’ici fin 2027, avec 120 emplois en jeu. Au Royaume-Uni, la distribution a été reprise en direct et l’ancien importateur Saddleback a été placé en administration. L’équipe Cannondale Factory Racing s’arrête après la saison. Avant cela, l’usine Santa Cruz et Cervélo de Mayence avait déjà fermé.
Difficile de ne pas mettre ces annonces en regard de la chute d’Accell, déclaré en faillite le 11 août à Amsterdam. Le groupe de Lapierre, Batavus et Raleigh portait 1,2 milliard d’euros de dette après son rachat à crédit par un consortium mené par KKR. Ses marques sont désormais cédées une à une, et Lapierre cherche encore un investisseur pour rester à Dijon.

Pon n’est pas dans cette situation. Le groupe familial néerlandais, qui a racheté Cannondale avec Dorel Sports pour 810 millions de dollars, reste rentable dans le vélo, même si ses ventes du secteur sont passées d’environ 2,3 à 2 milliards d’euros entre 2023 et 2025. Il coupe avant d’y être contraint. C’est la différence entre une restructuration choisie et une faillite subie, dans un marché qui ne promet pas de rebond rapide.
Le prix à payer se mesure ailleurs. Une marque, ce sont des équipes et des idées maison, comme le cadre aluminium CAAD ou la fourche Lefty. « Pon appelle ça de la consolidation. J’appelle ça l’érosion systématique du capital de marque », écrit Juansi Vivo, ancien salarié de Cannondale Europe. Pour les cyclistes français, la marque et ses vélos électriques Cannondale, du VTT Habit Neo aux modèles urbains, restent en vente : l’annonce ne vise pas le réseau européen.
| Date | Événement |
| 1971 | Création de Cannondale à Wilton (Connecticut) |
| 2008 | Rachat de Cannondale par le canadien Dorel |
| 2010 | Fin de la fabrication des cadres aux États-Unis |
| 2013 | Retour du siège à Wilton, avec un prêt de 3 millions de dollars de l’État |
| Octobre 2021 | Pon annonce le rachat de Dorel Sports (Cannondale, GT, Schwinn, Mongoose) pour 810 millions de dollars |
| 2025 | Stratégie multimarque de Pon.Bike et fermeture de l’usine de Mayence |
| Avril 2026 | Changement de directeur général chez Pon.Bike |
| Juin 2026 | Fermeture annoncée de l’usine Cannondale d’Almelo, 120 emplois |
| 21 octobre 2026 | Fermeture annoncée du siège de Wilton, 143 postes |
| 21 décembre 2026 | Premiers départs à Wilton |
| Mi-2027 | Fin des activités à Wilton |
| Fin 2027 | Derniers départs à Wilton et fermeture de l’usine d’Almelo |
La suite de votre contenu après cette annonce